SOCIETE

Portrait du violeur ordinaire en Belgique en 2014

Portrait du violeur ordinaire en Belgique en 2014

Reporters (Illustration)

L’enquête dévoilée aujourd’hui par Amnesty sur les viols secoue nos préjugés et nos consciences dans notre société dite émancipée. Trois éléments à prendre en compte.

L’enquête dévoilée aujourd’hui par Amnesty sur les viols secoue nos préjugés et nos consciences dans notre société dite émancipée. Trois éléments à prendre en compte...

1. Les préjugés bien ancrés

Une femme sur quatre a été violée par son propre partenaire. Non, le violeur ordinaire, celui qui vous menace le plus, n’est pas tapis dans l’ombre au coin d’une rue. Le grand méchant loup dort dans le lit conjugal et nul ne sait quand il peut se réveiller. Le résultat de l’enquête menée par Amnesty est consternant Et les témoignages qui suivent encore plus. Pour peu que la victime veuille porter plainte, elle peut se retrouver face à des services de police qui lui disent encore très souvent, gentiment, qu’elle doit faire attention, qu’avec une plainte elle pourrait perdre plus encore, que les divorces... La loi du silence. L’omertà.

2. Les moyens publics précaires

Philippe Hensmans, le directeur d’Amnesty Belgique, n’avait pas imaginé à quel point. Le jour où il a poussé la porte de «SOS viol», il a été pétrifié de constater le peu de moyens de cette ASBL bruxelloise qui n’a pas son pendant en Wallonie. Nous sommes en 2014. Et non aucun accueil n’existe en Wallonie. Et à Bruxelles, elles sont quatre personnes à accueillir tout ce silence, toute cette souffrance, du mieux qu’elles peuvent. Effrayant de constater le peu de moyens publics à cette aide de première ligne. La loi du silence. L’omertà.

3. Les revendications féministes évanouies

Les femmes baissent les yeux. Elles ont gagné l’égalité, dit-on. Elles ne sont plus au front pour revendiquer. Philippe Hensmans , s’inquiète du recul des mouvements féministes alors que d’autres mouvements, comme la défense des droits des homosexuels, sont bien plus vivants de nos jours. L’un n’exclut pas l’autre, bien au contraire. Mais les femmes ne devraient pas croire que leur combat est achevé, les hommes non plus. Un quart des femmes exposées à des violences sexuelles graves au sein de leur couple banalisent, considérant cela comme «compréhensible» ou «acceptable». La loi du silence. L’omertà.

Il est temps de briser le silence, les silences.

La Belgique compte 5,6 millions de femmes, dont 3,4 millions âgées de 18 à 64 ans. Si l'on ne cible que celles-ci, cela revient à dire que 680 000 femmes ont déjà été ou sont encore violées par leur partenaire (20%). Et 510 000 contraintes à des pratiques qu'elles ne souhaitaient pas (15%). Le type de violence sexuelle le plus souvent subi par les femmes reste toutefois le harcèlement physique. 25% d'entre elles y ont déjà été confrontées, soit, pour la même tranche d'âge, 850 000 femmes (25%).