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Ukraine: cinq morts dans les violences, les autorités ferment le métro de Kiev

Ukraine: cinq morts dans les violences, les autorités ferment le métro de Kiev

Trois manifestants ont été tués par balles lors de violences ce mardi à Kiev, a déclaré aux journalistes Oleg Moussiï, chef du service médical de l’opposition. AFP

Les autorités ukrainiennes ont adressé mardi un ultimatum à l'opposition pour mettre fin aux violents affrontements entre opposants au président Viktor Ianoukovitch et policiers, qui ont fait cinq morts à Kiev.

"Nous mettons en garde les têtes chaudes au sein de l'opposition: le pouvoir a les moyens de rétablir l'ordre (...). Nous serons obligés d'avoir recours à des mesures de la plus grande fermeté si les troubles ne cessent pas d'ici à 18h00 (16h00 GMT)", ont indiqué le ministère de l'Intérieur et les services spéciaux dans une déclaration conjointe.

Dans le même temps, les autorités ont fermé le métro, alors que les redoutables unités anti-émeute Berkout s'approchaient du Maïdan, la place de l'Indépendance, occupée par des milliers de manifestants depuis près de trois mois et protégée par des barricades.

"Cinq civils sont morts dans les violences à Kiev", a déclaré la porte-parole de la police de Kiev, Olga Bilyk.

L'opposition avait auparavant annoncé la mort de trois manifestants, "tués par balles". Selon le Parti des régions du président Viktor Ianoukovitch, le corps de l'un des employés a été retrouvé au siège du mouvement, pris d'assaut et brièvement contrôlé par les contestataires.

Balles en caoutchouc et cocktails molotov

Ces violences surviennent après plusieurs semaines d'accalmie dans la contestation, qui dure depuis près de trois mois, et alors que l'opposition avait promis une "offensive pacifique" pour mettre la pression sur les députés, rassemblant plus de 20.000 personnes pour un défilé qui a dégénéré mardi.

Les forces de l'ordre devant les accès au parlement ont utilisé du gaz lacrymogène, jeté des grenades assourdissantes et tiré des balles de caoutchouc sur les manifestants jetant pavés et cocktails Molotov.

Il s'agit des premiers affrontements à Kiev depuis ceux de la fin janvier qui avaient fait quatre morts, dont deux tués par balles réelles et plus de 500 blessés.

Au moins 150 manifestants ont été blessés mardi, dont 30 grièvement - l'un ayant eu la main arrachée en ramassant une grenade assourdissante -, selon Oleg Moussiï, chef du service médical de l'opposition. Quarante-sept policiers ont été blessés selon une source officielle.

Dans la matinée, des manifestants encagoulés avaient incendié plusieurs camions postés aux environs du parlement avec des cocktails molotov.

Entre 200 et 300 manifestants ont brièvement pris le contrôle du siège du Partides régions du président Viktor Ianoukovitch non loin du parlement. Les locaux étaient envahis par de la fumée provenant de plusieurs foyers d'incendie. Ils ont dû battre en retraite à l'approche des policiers anti-émeute.

La Russie a aussitôt condamné ce regain de violences en Ukraine, qu'elle a attribué à la politique des Occidentaux.

"Ce qui se produit actuellement est le résultat direct de la politique de complaisance des hommes politiques occidentaux et des structures européennes qui, depuis le début de la crise, ferment les yeux sur les actes agressifs des forces radicales en Ukraine, encourageant de fait l'escalade et les provocations envers le pouvoir légal", a estimé le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Bloquer le parlement

Dans la matinée, l'opposition avait expliqué que le but des manifestants était "d'encercler le Parlement, de le bloquer pour ne pas laisser les députés nommer un Premier ministre +russe+".

Deux responsables de l'opposition ont rencontré lundi la chancelière allemande Angela Merkel, qui s'est inquiétée d'une situation toujours très tendue.

Mardi le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier a appelé à la fin des violences et invitant "les parties en Ukraine à chercher une solution politique par les moyens de la discussion".

La responsable de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, a, elle aussi, "condamné tout usage de la violence" exhortant Kiev "à s'attaquer aux racines de la crise".

Le Premier ministre polonais, Donald Tusk a, lui, réitéré son aide pour trouver un compromis en Ukraine "car une guerre civile à petite ou grande échelle (...) ne sera sûrement pas dans l'intérêt de l'Ukraine, de la sécurité et la stabilité dans la région".

L'opposition à Kiev accuse le pouvoir ukrainien de céder aux pressions de Moscou, depuis que M. Ianoukovitch a renoncé en novembre à signer un accord d'association avec l'Union européenne.

La Russie a octroyé à Kiev en décembre un crédit de 15 milliards de dollars, dont 3 milliards ont déjà été versés, et un important rabais sur le prix du gaz.

Moscou devait verser "cette semaine" une nouvelle tranche de 2 milliards à l'Ukraine, en manque de liquidités et au bord d'un défaut de paiement.

Mais l'opposition s'impatiente, alors que les négociations avec le pouvoir sont au point mort, en dépit de la démission du gouvernement fin janvier.

Et l'un des leaders de l'opposition, Vitali Klitschko, a renouvelé sa demande d'une présidentielle anticipée, à l'annonce des nouvelles violences.