« Matteo Renzi a pris un gros risque »

« Matteo Renzi a pris un gros risque »

AFP

Giulia Sandri (professeur à l’Université catholique de Lille), Matteo Renzi peut-il former un gouvernement rapidement ?

Les prochains jours seront déterminants. Le timing est très court. Beaucoup va dépendre de ce que le Nouveau Centre Droit d’Angelino Alfano va faire parce que le Parlement issu des élections d’il y a un an reste le même. Le Nouveau Centre Droit est quasiment incontournable pour obtenir une majorité et le vote de confiance.

Renzi a poussé Letta vers la sortie en le faisant désavouer par la direction du parti démocrate. On le dit trop pressé. Sa méthode est-elle la bonne ?

Matteo Renzi a pris un gros risque. Maintenant, il dispose d’environ deux mois pour donner un vrai signal de rupture avec le gouvernement de Letta. Au niveau purement politique, la façon dont il a géré la situation est un peu bizarre, sinon décevante.

Matteo Renzi peut-il être un homme providentiel pour l’Italie ?

Peut-être. C’est une personne dotée d’un charisme que Letta n’a pas.

Il n’a aucune expérience du parlement et du gouvernement, est-ce un atout ou un inconvénient ?

Du point de vue de la gestion de la chose publique, son inexpérience peut être un défaut. Sera-t-il capable de s’entourer de bons conseillers, de bons ministres ? Par contre, du point de vue électoral, c’est une bonne chose. C’est peut-être le seul élément en train de jouer en sa faveur pour gagner le soutien des citoyens qui sont touchés par une vague de défiance à l’égard des politiques et des partis.

Il est très populaire ?

Il est assez populaire. Selon un sondage paru lundi, 52 % des Italiens lui font confiance. Mais il doit conserver cette popularité et cette confiance. Les projets qu’il a présentés, notamment son programme pour améliorer la situation du marché du travail en Italie, sont extrêmement vagues. Cela pose problème. Il devra parvenir à clarifier ses propositions.

Qu’arrivera-t-il s’il échoue ?

Un échec serait une catastrophe pour deux raisons. D’abord, dans moins de cents jours, se dérouleront les élections européennes et, selon les sondages, les cotes de Beppe Grillo et de son parti populiste sont presque deux fois plus élevées que le FN en France. On s’attend donc à un raz-de-marée.

Ensuite, l’Italie va présider le Conseil de l’UE dans quelques mois. Il faut de la stabilité, assurer une continuité au niveau européen et respecter les engagements européens. Or, en matière de dette publique notamment, Renzi a laissé entendre qu’il pourrait dépasser la limite des 3 % du PIB exigée par l’UE.

Qui d’autre pourrait incarner le renouveau voulu par les Italiens ?

Si Matteo Renzi échoue, une bonne partie des électeurs tant de gauche que de droite vont se tourner vers Grillo. C’est Grillo qui sera la réponse, même si le parti de Berlusconi est encore crédité de 23 à 24 % dans les sondages. ¦