politique

RER : 25 ans de promesses électorales

Cela fait 25 ans que le RER, prévu pour 2025, tourne autour de deux questions: qui va l’utiliser et qui va le payer? Et ce n’est pas fini. Une étude crée le choc.

L’histoire hallucinante de rivalités, de promesses et d’impasses. L’histoire du projet du RER dans lequel notre pays est plongé depuis les années 80. C’est ce que retrace une chercheuse de Saint-Louis, Ludivine Damay. Son étude fraîchement sortie de presse dresse un état des lieux interpellant, choquant, face aux débats politiques actuels.

Le thème de la mobilité vers et dans Bruxelles fait rage dans la campagne électorale 2014 et déchire les partis entre leur flanc wallon et bruxellois. Et l’idée d’une taxe automobile, alors qu’il n’y a toujours pas de RER, soulève un concert de protestations. On notera pourtant qu’historiquement, «le phénomène de la navette vers Bruxelles – d’abord ferroviaire, puis autoroutière – a été favorisé par les pouvoirs publics».

Depuis la campagne électorale de 1989, les politiques brandissent le projet du RER face à une capitale asphyxiée sous la pression automobile. Le RER est annoncé pour 2025. Si tout va bien. Car, explique la chercheuse, «les oppositions ne sont toujours pas levées, les incertitudes perdurent». Les politiques n’ont toujours pas de vision commune du projet RER. Tout se passe donc «comme s’il était logique de construire une machine avant de savoir exactement à quoi elle va servir», conclut-elle.

D’ailleurs, des projets de mobilité alternatifs (via un réseau de trams «Brabantnet», par exemple) seront probablement en route bien avant le RER. Dans une décennie le RER flambant neuf pourrait bien être déjà un «truc» dépassé. Qui sait.

Et de toute façon, plusieurs autres études indiquent que le RER seul ne résoudra les problèmes de mobilité que si parallèlement des mesures drastiques sont mises en place. Les déplacements en train devront être rendus attractifs. L’usage de la voiture devrait être pénalisé: péage urbain et restriction de stationnements.

Dès 1968 (!) une ébauche de RER avait vu le jour. Mais c’est vers la fin des années 1980 que le projet est entré dans le débat public. En particulier lors de la première campagne électorale au niveau de la région de Bruxelles capitale, en 1989. C’est alors que naissent des rivalités de trois ordres.

D’abord: quels types d’usagers privilégier? Les navetteurs pour qu’ils abandonnent leur voiture ou les usagers bruxellois pour qu’ils puissent se déplacer à l’intérieur de leur ville? Flandre et Wallonie veulent surtout l’accès le plus rapide possible des navetteurs et voient comme un «hold-up fédéral» le fait de mettre des moyens pour aussi favoriser les déplacements des Bruxellois. Mais alors, en favorisant ce moyen express pour les régionaux qui habitent dans un rayon de trente kilomètres… est-ce que cela viderait Bruxelles de ses habitants?

Car la question sous-jacente qui vient tout de suite après «qui va l’utiliser?» est «qui payera ces travaux»? Car si les trois Régions sont bien d’accord sur l’importance d’un tel réseau, elles rechignent à le financer. Chacun estime que c’est l’autre qui en bénéficiera et qui doit donc payer.

Le rôle de la SNCB, avec sa situation de monopole, est sans doute pire encore dans le blocage interminable des projets. En effet, la SNCB-Holding est propriétaire de l’infrastructure ferroviaire (via Infrabel), le maître d’œuvre des travaux et l’exploitant du trafic ferroviaire (via la SNCB). La SNCB n’a pas arrêté d’estimer qu’«il serait impossible d’utiliser l’infrastructure existante». Sous-entendu «le RER nécessite de gros investissements». De plus, ce Réseau Express Régional étant «régional», il serait plus, pour la SNCB fédérale, le «core business» des entreprises régionales…

Il faut attendre 2004 pour que le projet RER se matérialise pour la première fois avec de premiers travaux. Mais le projet entre alors à nouveau dans un frigo institutionnel en 2009. Élections, crise institutionnelle, saga juridique pour des permis à Linkebeek…

La chercheuse décrit encore les dizaines d’expertises, tables rondes et rapports qui ont jalonné les deux dernières décennies au gré des coalitions politiques. Le temps des ingénieurs et celui des politiques ont du mal à s’accorder. Voilà comment le RER a pris l’allure d’un escargot.