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Christine Jordis dévoile William Blake

Christine Jordis dévoile William Blake

Christine Jordis a voulu montrer toute la modernité de William Blake. Reporters / Bpresse

Méconnu du public francophone, l’Anglais William Blake est une véritable vedette dans le monde anglophone. Depuis plus de deux siècles!

«Certains passent toute leur vie à étudier William Blake, j’y ai consacré trois ans, c’est finalement peu…» Christine Jordis, écrivain et éditrice française, spécialiste de la littérature anglaise évoque William Blake ou l’infini. Un livre destiné au grand public même si on le conseille prioritairement aux passionnés de poésie et de littérature anglaise. «Je voulais faire entrer Blake en résonance avec notre époque, continue-t-elle, c’est un auteur qui est en moi depuis des années mais je n’avais jamais eu l’audace de me lancer.»

Mais qui est William Blake? Un poète? Un peintre? Un visionnaire? L’homme est né dans une famille de boutiquiers londoniens en 1757 (il mourra à Londres toujours en 1827). Très jeune, il montre des dispositions pour la gravure et l’écriture poétique. Et si jamais il ne fera fortune même s’il connaîtra des périodes plus prospères que d’autres, il se distinguera surtout par sa pensée et sa vision du monde qui en feront, deux siècles plus tard, la figure de proue des jeunes beatniks, par exemple…

«C’est un homme qui percevait l’infini, continue Christine Jordis, il affirmait que ce qui compte, c’est la vision de l’esprit, de l’imagination. Il accusait nos cinq sens de nous cacher l’immensité du monde. Dans un de ses poèmes, il écrit “ ne comprends-tu pas que le moindre oiseau qui fend l’air est un monde de délices fermé par tes cinq sens ”. Il avait horreur du matérialisme. Il a vraiment senti, à l’aube du XIXe siècle la naissance de ce matérialisme et les dégâts qu’il allait faire sur l’homme.»

Le livre de Christine Jordis ne se présente pas comme une simple biographie d’un génie. L’auteur plonge directement son lecteur dans la pensée de Blake, ce qui peut désarçonner… Elle nous le présente tel un diamant brut dont elle polit ensuite l’image, en nous racontant sa vie et en évoquant son œuvre du moins ce qui est le plus accessible pour qui découvre l’immense talent de l’écrivain anglais. «Je me suis limitée à ses grandes œuvres pour montrer combien cet autodidacte, qui n’avait jamais été à l’école, a réussi à remettre la poésie et la figure de l’artiste au centre du monde.»

Pour Christine Jordis, cet anti-clérical – mais qui avait des visions presque célestes – cet anarchiste, véritable homme de gauche dans un petit monde d’artisans, est plus qu’un visionnaire. «Qu’il ait pu penser comme il l’a fait à son époque, c’est fabuleux. Il est totalement actuel. Dans notre société où la plupart des artistes luttent face au marché et ne peuvent souvent que dénoncer le désenchantement du monde, je pense que Blake, lui, a réenchanté ce monde. Il a montré combien les choses étaient belles et infinies.»

Et ce n’est sans doute pas un hasard si William Blake depuis quelques dizaines d’années n’arrête pas d’être redécouvert par les jeunes générations qui s’approprient sa poésie et ses idées. «Il a été une source d’inspiration pour la beat génération. Actuellement, il redevient pour les jeunes une figure de proue contre la société de consommation. Et il est très présent chez les grands écrivains anglais.»

Christine Jordis, « William Blake ou l’infini », Albin Michel, 281 p.