polémique

Profs de religion à la petite semaine

Le décret «titres » des profs de religion reste bloqué par le PS. Le cdH se rebiffe: «on ne peut pas laisser donner cours à la petite semaine ».

Des profs qui donnent cours sans avoir un diplôme de secondaire et en parlant à peine français? Des profs qui n’ont aucune formation pédagogique? On en croise, dans nos écoles. Incroyable mais réel, les cours de religion (orthodoxes, islamiques, tous) «sévissent » en dehors des normes imposées à tous les autres cours. Et pourtant, ils pourraient (ils voudraient) rentrer dans les rangs.

La ministre de l’Enseignement cdH tente, désespérément, d’y parvenir. Mais pour l’heure, le blocage politique menace le dossier de noyade. Le temps presse. La législature se termine. Trois fois, Marie-Martine Schyns est venue défendre son projet. Trois fois, elle a dû le remballer. Le PS demande à présent que les pouvoirs organisateurs et les syndicats marquent leur accord. Or ces derniers l’avaient déjà donné lors des groupes de travail.

«Manœuvre dilatoire », estiment les profs de religion qui craignent que ce décret ne soit repoussé pour ne jamais voir le jour. Ils craignent aussi que d’autres débats soient réglés sur le dos de ce décret. Comme l’instauration de cours philosophiques ou la volonté de supprimer les cours de religion. La crainte des milieux laïcs est que cette organisation par décret des titres de prof de religion ne bétonne leur existence.

Tous les titres des enseignants sont en train d’être mis à jour. Cette réforme n’avait plus été faite depuis 1976. Elle rend de la clarté, dans ce qui était devenu un véritable fatras, sur les diplômes requis pour enseigner chaque type de cours. Tous les titres d’enseignants, y compris ceux de morale, seront désormais assortis de conditions précises concernant les titres requis, sauf les profs de religion.

Ces derniers sont traités comme des cas à part, ce qu’ils sont en partie. À l’heure actuelle, ce sont toujours les chefs de culte qui désignent les professeurs de «leur » religion et parfois, ils vont jusqu’à donner (!) les diplômes à ceux qu’ils choisissent. Le décret à prendre doit mettre l’ordre.

En janvier 2012, les chefs de culte s’étaient mis d’accord avec la ministre de l’enseignement cdH sur la nécessité d’exiger, pour les futurs enseignants des cours de religion, à la fois un titre pédagogique et un titre théologique. Et aussi que ces titres soient délivrés par des institutions reconnues par la fédération Wallonie-Bruxelles.

«Il est totalement discriminatoire de refuser aux enseignants des cours de religion une mise à jour de la liste des titres et fonctions accordés à tous leurs collègues des autres disciplines », se récriminent à présent Guy Harpigny, évêque de Tournai en charge de ce dossier et Michel Desmedt, inspecteur de religion catholique. Ils réclament tous deux «une égalité de traitement de tous les enseignants ».

Du côté de la ministre de l’enseignement cdH, on s’interroge sur les motivations du PS à bloquer ce dossier. «On ne peut pas laisser les profs de religion donner cours à la petite semaine », ajoute-t-on. La concertation syndicale réclamée par le PS sera faite rapidement. Et la ministre reviendra à nouveau avec son décret dans le mois à venir.