« Si on découvrait une mosaïque de 30 m2 , on aurait des palpitations »

« Si on découvrait une mosaïque de 30 m2 , on aurait des palpitations »

On ne connaît bien que 5% du territoire wallon, reconnaît Jean Plumier EdA

En tant que directeur de l’Archéologie wallonne, vous avez vécu l’évolution de cette discipline au cours des 25 dernières années. Est-ce que vous vibrez toujours à l’idée de découvrir une pièce extraordinaire, un trésor ?

Sans doute moins. On n’est plus motivé par l’idée d’une grande découverte originale. En archéologie, le rapport à l’objet s’est banalisé. C’est général en Europe. Aujourd’hui, le but d’une fouille est plutôt déterminé par la connaissance d’un site, d’une période… Mais si on découvrait une mosaïque romaine de 30 m2, aucun doute qu’on aurait des palpitations !

Y a-t-il encore des choses exceptionnelles à découvrir en Wallonie, comme celles qui ont été mises au jour au XIXe siècle ?

Oui, certainement. On connaissait le passé romain d’Arlon mais quand on découvre tout un quartier diversifié, avec des ateliers, de l’habitat en bois, etc., c’est extraordinaire. Ce ne sont peut-être pas des découvertes très « sexy », visuellement, mais cela permet de réécrire tout le passé d’une ville. Idem pour les traces romaines à Dinant. Et c’est valable aussi pour les autres périodes de l’histoire.

Que connaît-on du territoire wallon ?

Au total, on ne connaît bien que 5 % du territoire wallon même si 22 000 sites sont inscrits à l’inventaire de la Wallonie. Il en reste certainement les deux tiers à découvrir qui se trouvent soit en grande profondeur, soit en pleine forêt ou dans des zones difficilement accessibles, sous nos villes.

Je compare souvent l’archéologie à un grand puzzle de 5 000 pièces. Les chercheurs du passé ont commencé par les bords, les parties les plus faciles. Nous, aujourd’hui, on complète le centre et parfois on tombe encore sur une très belle pièce.

25 ans après la régionalisation de l’Archéologie, vous avec des regrets ?

On n’a certainement pas publié assez. On a trop souvent travaillé dans l’urgence et on n’est pas allé jusqu’au bout du processus, après la fouille, qui veut que le travail se clôture par une publication. Heureusement, cela redevient une priorité depuis 2-3 ans.

Nous avons aussi raté l’aménagement de quelques espaces publics, de places notamment, parce que nous avons été prévenus trop tard.

Et nous devons aussi reconnaître que notre capacité de gestion des ressources humaines n’a pas toujours été à la hauteur, compte tenu du développement des équipes, mais on s’organise pour y remédier actuellement.

Comparée à d’autres pays voisins, l’Archéologie wallonne se situe à quel niveau ?

On n’a pas à rougir du travail effectué. Il faut surtout signaler qu’en Flandre, en Angleterre, en Allemagne, l’archéologie est un service privatisé qui facture directement ses prestations aux entrepreneurs et aux aménageurs. Avec tous les excès que cela suppose. En Wallonie, cela reste un service public qui finance tout mais cela nous donne une plus grande maîtrise des chantiers, du début jusqu’à la fin.¦ Ph.M.