Comment en est-on arrivé là ?

Des combattants armés se livrent à de cruelles exactions. Et les forces étrangères ne peuvent rien. AFP

D’un côté, il y a la milice anti-balaka (anti-machette en langue locale), soit un vaste agrégat de groupes de paysans armés et à majorité chrétienne. De l’autre, les ex-combattants Seleka, à dominante musulmane. En mars 2013, les seconds ont porté leur chef, Michel Djotodia, à la tête de la Centrafrique après un coup d’état. Lequel nouveau chef d’état dissout ensuite les Seleka. C’est le début d’un plongeon dans le chaos… Car les anciens combattants Seleka se livrent impunément à des exactions d’une rare violence sur les chrétiens (qui représente 50% de la population), provoquant d’inévitables exodes massifs.

Mais, excédés par les violences des ex-Seleka, la milice anti-balaka, créée en 2009 pour protéger les villages des bandits de grands chemins, prend les armes en 2013 et se lance dans une guerre contre les ex-Seleka. Outre les combats, la milice anti-balaka se livre également à des exactions cruelles contre les civils musulmans (15% de la population du pays) qui fuient le pays.

Ajoutez à cela des bandes armées «indépendantes» et autres pillards qui «prennent les miettes» et on comprend vite le climat de terreur dans lequel vit la population au rythme des assassinats, des viols et des pillages. Les 1 700 soldats français déployés sur place et les 6 000 hommes de la force de l’Union africaine déployés ne semblent pas pouvoir faire grand-chose face à ce sanglant règlement de compte à l’échelle d’un pays.

Quant aux anti-balaka, grande nébuleuse, caractérisée par des crimes sur les civils musulmans, ils sont aujourd’hui désignés par la présidente de transition, Catherine Samba Panza, «comme l’ennemi de la paix», qui estime que leur combat originel, la défense des villages et des familles, a été détourné. Elle a d’ailleurs promis cette semaine de leur faire «la guerre». Ce à quoi a répondu l’état-major «autoproclamé» des anti-balaka que « déclarer la guerre aux anti-balaka, c’est déclarer la guerre à la population centrafricaine.»

Et à l’est du pays, où se replient les combattants ex-Séléka, rejoints par des civils musulmans en exode, des velléités sécessionnistes planent, faisant craindre une partition du pays. T.E.