Le désarroi des enfants centrafricains

Le désarroi des enfants centrafricains

Les enfants sont socialement pris en charge © Unicef-B/RCA/Duvillier

Dans un pays en dérive, les enfants sont victimes d’exactions. Judith Léveillée, de l’Unicef, témoigne.

«Des enfants sont décapités, d’autres sont mutilés. C’est insupportable… » Voilà la réalité atroce que décrit Judith Léveillée, la représentante adjointe de l’Unicef en Centrafrique et qui était de passage à Bruxelles ce vendredi.

C‘est une triste réalité. Dans tous les conflits armés, les enfants sont les premières victimes. «Et le constat est d’autant plus criant en Centrafrique, un pays qui compte 2,3 millions de jeunes de moins de 18 ans, soit près de… 50% de la population totale du pays.»

Premier constat: «L’infrastructure scolaire est presqu’inexistante ou ne fonctionne plus, pour des raisons évidentes de sécurité, poursuit Judith Leveillée. l’année 2012-2013 a été une année blanche pour 7 enfants sur 10. La situation s’aggrave en 2013-2014. Les écoles ont été occupées, détruites, pillées. Tout est à refaire…»

Second constat: «la violence à l’égard des enfants s’est considérablement accrue ces derniers mois. » Unicef indique ainsi que 133 enfants auraient été tués et mutilés d’une manière cruelle au cours des deux derniers mois. « Il est grand temps de mettre fin à l’impunité.» Pas facile cependant dans un pays en pleine guerre civile où le nombre de déplacés est évalué à 750 000 personnes, où les autorités ne contrôlent plus rien, où les infrastructures sont inexistantes, où seuls 3% des routes sont bitumées, où le paludisme menace les camps de réfugiés à l’approche des saisons des pluies…

6 000 enfants soldats

«Ensuite, l’état chaotique dans lequel est plongé le pays limite l’accès à la nourriture, ajoute Judith Léveillée. Pour se nourrir, des enfants, de 6 à 18 ans, s’enrôlent dans des bandes armées. On estime leur nombre à 6 000. Vous imaginez les traumatismes qu’ils subissent? Nous tentons de les récupérer et de les réintégrer, ce qui constitue un travail de longue haleine, notamment avec la famille qui, de prime abord, à tendance à les rejeter…» Pas simple, certes, mais néanmoins vital, car un échec peut reconduire un gosse dans les bandes armées.

Reconstruire le pays? Ce n’est pas impossible si tout le monde se met autour de la table. «Mais ce sera long, très long. Et assurer un climat de sécurité constitue un incontournable préalable.»

Mais comment en est-on arrivé là, sachant que la république centrafricaine est un pays qui dispose d’indéniables richesses: uranium, diamant, or, essences de bois, etc. «C’est un pays qui pourrait devenir une plaque tournante de l’économie africaine. Et là, on est bord de l’embrasement… »