ROMAN

Une jeune femme dans la Révolution française

Olivier Dutaillis a aussi écrit le scénario d'«Une femme dans la Révolution», téléfilm diffusé sur France3 fin 2013. Sandrine Expilly

«La pensionnaire du bourreau» raconte une période charnière de l’histoire à travers le destin d’une Bretonne acquise aux idées révolutionnaires.

Qu’écrire encore de neuf sur la Révolution française? Rien, probablement. C’est pourquoi, prenant pour héroïne une jeune Nantaise de 19 ans hébergée chez Sanson, Olivier Dutaillis évoque cette période sous quelques angles précis dans La pensionnaire du bourreau.

D’abord, les femmes. Dans un premier temps, la Révolution leur accorde de nouveaux droits, notamment celui de divorcer (que la Restauration supprimera), ce qui leur permet de partir avec les enfants et leur dot. Elles se rassemblent dans des clubs et certaines d’entre elles créent même des journaux, à l’instar de la narratrice qui lanceLa Gazette de Manon. «Mais la parité est encore difficile à accepter, même chez les révolutionnaires, commente l’auteur. Et l’assassinat de Marat par Charlotte Corday est instrumentalisé, les femmes sont dites hystériques et nombre de leurs droits supprimés: leurs clubs et journaux sont interdits, il leur est défendu de se réunir à plus de cinq sur la voie publique, etc.»

Ensuite, la Bretagne. Mariée à un député anticlérical du tiers état, Manon est proche des leaders révolutionnaires, principalement de Robespierre dont le romancier dresse un portrait plus contrasté que celui figé par la postérité. L’avocat apparaît en effet contre la peine de mort, qu’il veut abolir, et contre la guerre, ce qui ne l’empêchera pas de tomber dans le culte de l’être suprême ni d’envoyer à la guillotine ses plus proches compagnons comme Danton et, surtout, Camille Desmoulins. De passage dans sa famille, la jeune fille retrouve le curé qui l’a presque élevée enfant mais qui, s’opposant à la laïcisation du clergé et à la vente de ses biens, se situe dans l’autre camp.«La crispation s’est produite lorsqu’on a demandé aux prêtres de jurer fidélité à la constitution, précise Olivier Dutaillis. Ce fut, pour Robespierre, une erreur stratégique car on ne leur demandait pas d’abjurer leur foi.»

Enfin, le bourreau. Héréditaire, cette charge est dévolue à la famille Sanson depuis la fin du XVIIe siècle. Quatrième du nom, Charles-Henri, qui a tenu son journal, passe de l’Ancien Régime à la Révolution, guillotinant Louis XVI, Danton ou Robespierre.

Le roman montre un homme plein de scrupules, rechignant à exécuter des hommes qu’il a connus. «Il n’était pas préparé à la Terreur, estime l’auteur. Mais il avait le sens des responsabilités, il n’était pas en position de déserter.»

Ce roman foisonnant mêle habilement des personnages réels – le peintre David, le marquis de Sade ou Fouché, ardent révolutionnaire qui sera le ministre de la police de Napoléon – et imaginaires. Par exemple Joseph, un ancien esclave venu de Saint-Domingue et en quête de papiers d’identité dont Manon tombe amoureuse.

Olivier Dutaillis, « La pensionnaire du bourreau », Albin Michel, 425 p.