SOCIETE

La « neknomination », le jeu alcoolisé de Facebook

Depuis plusieurs semaines, un jeu envahit les réseaux sociaux: la «neknomination». L’idée? Défier ses amis en vidant cul sec une grande quantité d’alcool. Aussi viral que dangereux, le phénomène touche désormais la Belgique. Et se banalise, au grand dam des spécialistes de la santé.

Né en Australie, la «neknomination» - «cul sec» en anglais – prend de l’essor depuis plusieurs semaines. Petit frère de la «biture express», le phénomène est très populaire auprès des plus jeunes. Surtout en raison de la forme que peuvent prendre les défis.

Au volant d’une voiture lancée à toute allure ou la tête dans les toilettes, ils sont nombreux à se mettre en scène (et en danger) au moment d’affoner leurs bières. «Pour la plupart des jeunes qui se défient, la volonté est de se faire remarquer, analyse Martin de Duve, directeur de l’ASBL Univers Santé (UCL). Pour eux, la forme du défi est plus importante que son essence même… Comme s’il leur fallait fédérer les internautes autour de leur vidéo.» Preuve de l’attrait des plus jeunes pour ce genre de «performances», une page regroupant les vidéos du genre les plus insolites cartonne sur Facebook.

Car, si la «neknomination» diffère des autres phénomènes du genre, c’est aussi et surtout en raison de sa viralité sur les réseaux sociaux. «Même s’il ne faut pas condamner l’outil que représentent Facebook et les autres sites du genre, ce sont bel et bien les réseaux sociaux, et les médias aussi, qui contribuent à l’expansion de ce jeu à cause de leur énorme caisse de résonnance, estime Martin de Duve. Sans doute que la «neknomination» ne connaîtrait pas autant de succès sans cela.» Symbole d’une certaine banalisation de la surconsommation de l’alcool auprès des adolescents, ce qui n’était qu’un épiphénomène à ses débuts a donc trouvé un terreau fertile avec internet.

Phénomène de mode, ce jeu narcissique et virtuelle devrait se dégonfler rapidement. Au moins aura-t-il permis aux spécialistes de la santé de répéter que l’éducation et le sens critique restaient les meilleures solutions face à la surconsommation alcoolique des jeunes. En espérant que la «neknomination» ne provoquera aucun nouveau décès d’ici là.

Plusieurs décès au Royaume-Uni

Très populaire dans les pays anglo-saxons, la «neknomination» aurait déjà plusieurs morts au Royaume-Uni, selon divers médias locaux. Aux décès de deux jeunes Irlandais au début du mois de février serait ainsi venu s’ajouter le décès récent de deux Britanniques d’une vingtaine d’années.