Le citoyen Touzani

EdA - Jacques Duchateau

On commémore ce 17 février les 50 ans de l’immigration marocaine. L’occasion de rencontrer Sam Touzani, citoyen belge avec un regard critique sur son pays d’origine.

Sam Touzani a le sourire accueillant, qui met les gens à l’aise dès qu’il ouvre la porte. Des murs clairs, une grande pièce vitrée d’où on voit la tour de la RTBF, des peintures abstraites colorées accrochées au mur, des sculptures en bois ramenées de voyages, avec, au cou de l’immense girafe, les médailles que reçoivent ceux qui franchissent la ligne d’arrivée des 20 kilomètres de Bruxelles. En 1h45 pour lui. Pas mal. Même s’il a déjà fait bien mieux, quand il était «plus en forme », sourit-il.

Humoriste, comédien, animateur télé, danseur, chorégraphe, metteur en scène… Sam Touzani se revendique avant tout citoyen. Lui qui est né et a toujours vécu en Belgique, il garde un œil attentif sur son pays d’origine, le Maroc. La question de l’immigration et de l’identité est omniprésente au cœur de ses spectacles, dès One Human Show, son premier seul en scène. «Savoir d’où on vient, où on va est une question universelle. Le premier livre que j’ai lu à ce sujet, c’est celui d’Anne Morelli. Elle a écrit l’histoire de l’immigration de la préhistoire à nos jours. Avec ses recherches, elle s’est aperçue que le premier Belge date d’il y a 7 000 ans et il est Hongrois. C’est intéressant quand même à savoir. Alors qu’est-ce qui différencie le Belgo-Belge et du Belge issu de l’immigration? C’est juste une question de temps. Nous sommes tous des étrangers, mais il y en a qui le sont depuis plus longtemps que d’autres… »

Ce 17 février, on célèbre les 50 ans de l’immigration marocaine en Belgique avec la signature de l’accord bilatéral entre les deux pays. «C’est pas jojo quand même cet accord, rappelle-t-il. À l’époque, ça ressemble plus à une importation de main-d’œuvre, à de l’esclavagisme moderne. Comme les Italiens, les Polonais, les Espagnols et toutes ces vagues qui les ont précédés. »

«En 50 ans, l’immigration marocaine pour ne parler que de celle-là est passée de l’image du petit ouvrier immigré à une image beaucoup plus citoyenne. De manière générale, les conditions socio-économiques des immigrés se sont vachement améliorées. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus de problèmes de délit de faciès, de pauvreté, des gens qui font ch… avec la religion. On stigmatise encore trop la question de l’immigration et de l’intégration. J’ai parfois l’impression que les immigrés restent d’éternels étrangers. J’ai le même sentiment pour moi parfois qui me sens tellement bruxellois, tellement belge. »

Mais la question de l’intégration dit-il, c’est à chacun de faire sa part du chemin. «Je crois beaucoup à l’éducation. Mais ça ne sert à rien d’être éduqué en Europe dans des écoles laïques, si la parabole t’endoctrine au travers de discours fascisants. Ça dépend de ce que tu donnes à tes enfants aussi. Et de ce que tu ne leur donnes pas… »

Quand il s’agit de parler du Maroc, Sam Touzani n’a pas sa langue en poche. «On nous sort la carte postale du changement, mais c’est du pipeau. Le Maroc reste une dictature où c’est un roi, un despote qui a tous les pouvoirs. Imaginez deux secondes le roi Philippe qui aurait le législatif, l’exécutif, le judiciaire, l’armée et l’économique en main, ça serait un non-sens. Et bien, c’est ça le Maroc. » Et la Belgique entretient ça, parce qu’«il y a des enjeux économiques » et que les personnes issues de l’immigration sont «une niche électorale non-négligeable ». Il souligne le courage de quelques députés d’origine marocaine qui dénoncent la dictature. Mais ils sont rares.

«Il suffit de lire le rapport d’Amnesty international 2012-2013, la situation est catastrophique au niveau des libertés individuelles au Maroc. Des dizaines de journalistes se font arrêter régulièrement, des artistes se font mettre en prison… Il y a eu 27 immolations quand même. En Tunisie, il y a eu une immolation avec Mohammed Bouazizi et ça a fait une révolution. Au Maroc, il y en a 27 et personne n’en parle. »