Le tadelakt est un enduit solide, naturel, respirant, venu tout droit du Maroc. Certains Belges l’ont adopté.

Le tadelakt trouve son origine dans la ville de Marrakech. «Cette technique d’enduit à la chaux a d’abord servi au recouvrement des citernes de récupération d’eau avant de devenir, pour ses propriétés d’étanchéité et sa beauté esthétique, le revêtement des hammams et palais marocains », explique Alain Bosmans.

Alain est licencié en sciences économiques. Il était cadre à La Poste, dans une autre vie. Une vie qu’il a quittée pour suivre une formation de plusieurs semaines au Maroc chez un artisan de Marrakech.

De retour en Belgique, il a suivi des études de plafonneur… toujours avec le tadelakt en tête. «Mon professeur en Belgique me disait: “ pourquoi tu perds ton temps avec cette technique traditionnelle? ” » se souvient-il. Car la technique du tadelakt est beaucoup plus lente: il faut enduire, passer le savon au galet, laisser sécher pendant quatre à six semaines.

La méthode marocaine transposée ici

Alain n’en démord pas: c’est un puriste, qui ne travaille qu’avec la chaux de Marrakech. « La chaux belge, française ou belge, c’est comme de la farine! La chaux marocaine contient des agrégats naturels. De par sa cuisson imparfaite et son tamisage artisanal, la chaux de Marrakech contient les charges (incuits et surcuits) indispensables à la cohésion de l’enduit. »

Ce qu’il aime dans le tadelakt, c’est que c’est un produit «naturel, respirant, étanche etsain… La chaux a un pouvoir antiseptique: elle évite la prolifération des parasites et des champignons. Et son aspect est beaucoup plus joli que le Mortex, qui a un aspect plus “plastifié”».

L’hôtel Riad, à Liège, est l’un de ses plus gros chantiers. Sur le site de l’hôtel, on peut constater la diversité des effets, et voir comme elle se marie bien avec des éclairages indirects, par des lampes marocaines, et comme les petits formats des zelliges rehaussent les grandes surfaces en tadelakt.

À l’origine, la chaux de Marrakech de couleur grisâtre était utilisée sans pigments. Aujourd’hui, on ajoute des pigments minéraux naturels et artificiels (ocres, terres et oxydes métalliques), pour un enduit teinté dans la masse… Pas de couleurs ultravives, on est dans les tons légèrement passés, même s’il est possible de varier et travailler les nuances.

Sain, mais lent

Parmi les inconvénients de la technique traditionnelle, en plus de la lenteur – «Les gens veulent tout, tout de suite! » dit Alain Bosmans –, il y a l’aspect «imparfait» qui ne plaît pas toujours aux Belges. «Certains n’aiment pas le faïençage, c’est-à-dire les réseaux de microfissures qui se forment dans l’enduitMais c’est un enduit qui bouge avec le bâtiment, donc c’est normal qu’il se marque avec le temps, cela fait partie de son charme.»

Le véritable talon d’Achille du tadelakt, c’est sa faible résistance mécanique: «Ça le rend sensible aux coups. Les éclats dans l’enduit devront être immédiatement réparés afin de reconstituer la barrière d’étanchéité. Afin d’éviter des différences de teintes lors des réparations, il est conseillé de conserver de l’enduit lors de sa mise en œuvre. Recouvert d’eau, ce dernier se conserve sans problème. »

Mais même réparé, le tadelakt conservera une trace de cette «cicatrice». Une maladie empêche Alain depuis six mois d’enduire lui-même les murs au tadelakt. Mais dans sa boutique de Liège, il continue à fournir aux amateurs le matériel nécessaire à enduire eux-mêmes leurs murs.

«Il faut une ou des taloches en cèdre, une truelle en métal, spécialement du Maroc parce qu’elle est beaucoup plus longue que celles que l’on trouve ici. Vient ensuite le galet. Il est en granit, poli. On passe plusieurs fois sur l’enduit pour refermer les pores de la chaux. La chaux est souple, parce qu’elle contient beaucoup d’eau, mais au final, elle redevient dure comme de la pierre en séchant

Le tadelakt n’est pas une technique qu’on choisit pour répondre à une mode. Si c’est juste l’aspect qui vous attire, des techniques de peintures, de stucks effets tadelakt donneront à vos murs un aspect Canada Dry, proche du tadelakt, mais sans ses grandes vertus, ni même ses inconvénients.

Car le tadelakt peut durer jusqu’à 100 ans, et il ne se recouvre pas sur un coup de tête d’une couche de peinture: ceux qui ont essayé de peindre d’anciens murs chaulés savent que l’acrylique aura du mal à tenir sur une surface comme celle-là!

Élégance Tadelakt, rue Velbruck à Liège. Tél. 04/232 09 99 www.elegancetadelakt.be