STIB

Grève STIB: «Mieux vaut être un chat en France qu'un humain en Belgique»

Une grande partie des employés de la STIB était en grève ce vendredi. Les perturbations sur le réseau bruxellois devraient perdurer jusque samedi matin.

+ Revivez NOTRE DIRECT plus bas

+ MISE A JOUR 21h46 |  Le service de la Stib a été légèrement diminué dans l'après-midi de vendredi et s'est encore amoindri depuis 20 heures, a indiqué en début de soirée une porte-parole de la Stib. Depuis la reprise du service à 14 heures, le métro continue à être desservi à une fréquence d'un métro sur deux. grève du personnel de la Stib a également des répercussions sur les services des bus Noctis.

La situation à 19h15 selon la STIB
+ Métros sur les 4 lignes: environ 1 métro sur 2.
+ Trams des lignes 3, 4, 82 et 39: environ 1 tram sur 2.
+ Environ 1 bus sur 3 voire 4 sur les lignes 12, 13, 48, 49, 63, 71, 84, 95

Par ailleurs, le bus 48 a été arrêté dans l'après-midi. Le tram 19 a repris à 18h15.

«Mieux vaut être un chat en France qu'un humain en Belgique»

 

«On nous a promis des policiers, mais pour eux, les horaires, c’est de 7h30 à 20h. Pas de policiers dans les bus Noctis! Pas de policiers pendant la nuit ! Et nous, on ramasse les cadavres à la sortie des discothèques».

Les chauffeurs de la STIB sont remontés. Ils sont un millier ce vendredi de Saint-Valentin, à crier leur désamour de la justice sur la place Poelaert. « 60 à 70% du personnel roulant», selon les syndicats, manifestent suite au jugement qu’ils estiment trop «clément» pour l’agresseur de leur collègue Iliaz Tahiraj, décédé en service.

«Rentrer chez nous le soir»

Le message est limpide sur les rares calicots, qui se réfèrent à une récente affaire marseillaise où un «lancer de chat» a été suivi d’une peine de prison d’un an ferme: «Vaut mieux être un chat en France qu’un humain en Belgique».

«Si un chauffard drogué et saoul tue quelqu’un sous l’influence de l’alcool, il prendra beaucoup plus que 40 mois. Alors quoi? Je me drogue, je te frappe, et je suis acquitté?» Le personnel roulant de la STIB veut continuer à partir le matin de chez lui en étant sûr de revenir le soir.

«Je m'inquiète»

Ces chauffeurs et chauffeuses, ces contrôleur et contrôleuses, craignent l’escalade de la violence. «Et si je retourne le geste, on en arrive où?», s’inquiète-t-on. «Quand je vois qu’un collègue se ramasse un coup de pelle de chantier parce qu’il refuse de céder le passage, je m’inquiète».

Au pied du Palais de Justice, les proches d’Iliaz Tahiraj reste discrète. «La famille réagit très humblement, très calmement», raconte Muamet, dont la tante est la sœur du malheureux superviseur. «Iliaz habitait dans ma rue. C’était un voisin. Je dois dire qu’on est très déçus. On ne s’attendait pas à une telle clémence».

Vers midi, après avoir avalé quelques gaufres et vidés de gros thermos de cafés, les manifestants sont ramassés par leurs collègues. 5 gros bus articulés les ramènent aux dépôts. Où ils espèrent ne plus devoir bloquer leurs véhicules.

 

«Le métier devient dangereux quand on est consciencieux»

 

Daniel Vandam, vous êtes délégué CGSLB à la STIB. Si d’autres accidents malheureux arrivent, êtes-vous prêt à «muscler» les actions?

D’abord soyons clairs: on espère surtout qu’il n’y aura plus d’accidents. Notre action est pacifiste. C’est un soutien à la famille. On pourrait évidemment «muscler», mais on ne le souhaite pas.

Ne craignez-vous pas que ce message ne soit pas évident pour les voyageurs, «victimes» de la grève?

Il y aura toujours des mécontents. Mais ici, beaucoup de passants nous applaudissent. Il ne faut pas oublier: il y a eu mort d’homme. Sur son lieu de travail! Nous comprenons les voyageurs, mais il ne peuvent pas dire que nous les prenons en otages: nous les avons prévenus.

Les mesures décidées par le ministère de l’Intérieur quant aux renforts policiers vous satisfont-elles?

Il y a des avancées. Mais pas de résultat réel sur le terrain. Dans les communes notamment, les effectifs policiers sont trop réduits. L’idéal, ça serait comme à New York: davantage de policiers en rue, en voiture et à pied, pour la STIB mais aussi pour les passants.

Vous êtes chauffeur: votre métier est dangereux?

N’allons pas jusque-là. Non, on ne fait pas un métier dangereux. Mais on prend des risques, parfois, quand on veut faire le métier consciencieusement.

Comment ça?

Les altercation arrivent toujours de la même façon: quand un voyageur est impoli, ne paye pas, ne valide pas sa carte Mobib ou ne veut pas montrer son titre de transport. C’est à ce moment-là que le danger arrive.

 

Métro

Seule la moitié des métros est sortie mais toutes les lignes sont desservies. «1 métro sur 2 circule sur toutes les lignes», annonce la STIB sur son site web, fortement ralenti ce matin en raison du trafic dû à ce jour de grève. Vers 7h, le gestionnaire du réseau est d'ailleurs passé sur une plateforme web allégée.

Trams

Les lignes de trams 3 et 4 sur l’axe nord-midi, qui desservent le centre, circulent à la cadence de 3 trams sur 4. Pour les lignes de trams suivantes, c’est 1 véhicule sur 2: 39, 82. Cette cadence semble respectée à la mi-journée.

Bus

Les lignes de bus suivantes circulent elles aussi à la cadence de 1 véhicule sur 2: 12, 13, 48, 49, 63, 71, 84, 95. Sur ces lignes, la STIB annonce à 13h30 que les cadences sont en baisse.

Le rassemblement «citoyen» des travailleurs de la STIB, fixé à 10h à la place Poelaert, devant le Palais de Justice, s'est disloqué dans le calme à 12h.

 

+ LIRE AUSSI | Le réseau fortement perturbé tout ce vendredi

 

 

Le contexte de la grève

 

Pour rappel, l’agresseur du superviseur de la STIB a été condamné lundi à 40 mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Bruxelles, pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

«C’est avec stupéfaction que le front commun syndical a appris la décision du tribunal dans le dossier de l’agression mortelle de notre collègue et ami, Iliaz Tahiraj», assuraient ensemble les syndicats de la STIB. «Le personnel ne comprend pas ce verdict».

Dès son prononcé, le personnel de la STIB a jugé la peine «trop légère». Il a été question d'un mouvement spontané, mais le front commun syndical a voulu concentrer ses actions à ce vendredi. Les travailleurs craignent que des accidents comme celui qui a coûté la vie à leur collègue se reproduisent. Aussi les syndicats descenderont-ils de leurs véhicules pour manifester devant le Palais de Justice.

Rappelons que les faits remontent à avril 2012. Le prévenu a porté à la tête un coup injustifié à Iliaz Tahiraj, superviseur de la STIB âgé de 56 ans, alors qu’il intervenait pour constater la collision entre un bus et une voiture, survenue au carrefour de la place des Armateurs et de l’avenue du Port, à Bruxelles.