POLITIQUE

Anne Delvaux : la politique ne sera plus son métier

Anne Delvaux : la politique ne sera plus son métier

Anne Delvaux ne sera jamais députée fédérale cdH. Elle restera cependant conseillère communale à Liège. BELGA PICTURE HANDOUT

Un baroud d’honneur et un déballage de saletés. Anne Delvaux dit ne plus vouloir faire de la politique son métier après avoir été promenée par son président.

Elle secoue ses longs cheveux blonds et sourit. Elle est en mode noir et blanc. Noir pour le veston, blanc pour la chemise. Elle démarre: «tout le monde se demande comment je vis depuis quelques jours ». Le parterre de journalistes réuni au cinquième étage européen reste muet.

Elle embraie: « on dira que je mens, on dira que je suis hystérique. Ne vous laissez pas instrumentaliser ». L’ancienne journaliste, présentatrice vedette du JT, n’a peur de rien. Elle respire un grand coup et se lance. Pendant plus de soixante minutes, son président et les barons anonymes qui l’entourent vont en prendre pour leur grade. Ce sera au vitriol.

Anne Delvaux est remontée. La députée européenne du cdH ne le sera plus. « C’était l’Europe ou rien. Benoît Lutgen le savait. En me proposant le fédéral, il savait qu’il me sacrifiait ». Elle ne sera pas députée fédérale cdH. Elle restera cependant conseillère communale à la ville de Liège. Elle ne sera pas échevine. Elle conclut ce tourbillon par un: «Je ne ferai plus carrière en politique. »

Que fera-t-elle? Elle ne sait pas. Elle se donne le temps. Elle ne retournera pas à la RTBF comme journaliste «pour une question de neutralité ». Du côté de Reyers, on respire. Elle suit une formation qualifiante ces derniers mois, dit-elle. Elle envisage une carrière dans le privé, qui sait. «Je n’ai rien de concret ». Elle n’a reçu aucune proposition d’un autre parti «sinon une boutade ce matin même d’une écolo ». (Émily Hoyos, la présidente des verts, mais ça ne repose sur rien, NDLR).

On tente de comprendre le grand écart d’Anne Delvaux entre «je n’ai jamais voulu faire carrière en politique » et «je ne veux pas être l’éternel Poulidor, derrière Delpérée et les autres ». (Le cdH place depuis sept ans Anne Delvaux en seconde place sur les listes, NDLR). Elle dit ceci: «je refuse d’être l’attrape voix qu’on déplace au gré des besoins ». Le cdH ne l’a pas respectée. Benoît Lutgen, en particulier, l’a baladée. Elle ne mâche pas ses mots. Elle parle de la «machine machiavélique » de son parti. Elle explique que le 25 janvier, Benoît Lutgen lui avait assuré la tête de liste à l’Europe. Il lui avait conseillé de ne pas venir aux vœux liégeois du cdH le 29 janvier «pour garder le secret sur sa place à l’Europe ». Or c’est lors de ces vœux, en son absence, que tout semble s’être joué. Un vrai traquenard. Le lendemain, «des barons anonymes du cdH » la flinguaient «dans un article de presse innommable , un lynchage». «Oui, j’ai été naïve de ne pas aller à ces vœux », avoue-t-elle. Le surlendemain , Benoît Lutgen lui disait (dit-elle) que «sa place à l’Europe c’était mort après cet article ». Il aurait alors tenté de la convaincre «d’atterrir » au fédéral avec un communiqué «élégant » dans lequel l’argument aurait été «un choix familial et privé » de la part d’Anne Delvaux. Elle s’est cabrée. Il s’est entêté. Dans les heures qui ont suivi, Benoît Lutgen présentait Claude Rolin, le patron de la CSC, comme la tête de liste Europe pour le cdH.

«J’ai l’impression de sortir d’une grande farce », dit la députée sortante, les joues enflammées. «Impossible de continuer à jouer dans cette pièce-là .» «Je suis très déçue de découvrir ce qu’est l’humanisme sur papier », enchaîne-t-elle. Elle brandit une pile de lettres de soutien, toutes plus émouvantes les unes que les autres. «Les militants ont fait craquer ma boîte aux lettres », dit-elle, le regard perçant. « Et je les remercie. Pour eux, en tout cas, je reste conseillère à Liège. »

Anne Delvaux voulait être reconnue pour ses compétences et son bilan européen qu’elle brandit fièrement. « C’est hallucinant tout ce que j’ai fait à l’Europe. 95% de participation aux votes », souffle-t-elle. En coulisses, les journalistes qui couvrent l’Europe ne partagent pas cette évaluation mirifique de son travail. Mais soit. Est-ce une raison? Elle glisse sur ses ennuis de santé récents, sa famille «qui a failli exploser » d’avoir dû déménager vers Liège, pour raisons politiques. On lui demande si le fait qu’elle soit femme a expliqué cette triste destinée politique. « Vous connaissez l’équivalent de diva au masculin? Vous voyez combien c’est misogyne », conclut-elle.