saint valentin -

Le baiser n’est pas facile à décoder

Le baiser n’est pas facile à décoder

Reporters

Les baisers pleuvent à la saint Valentin. Mais est-on toujours sûr de leur signification?

Tous les jours, on embrasse des collègues, des connaissances, des proches… Un geste que l’on retrouve chez les animaux, qui se lèchent le museau, mais qui n’a pas du tout la même portée chez nous, selon Chris Paulis, anthropologue et professeur à l’ULg: «Chez eux, se lécher a un caractère sexuel, ou alors cela marque l’empathie, la soumission. Chez les humains, on se fait la bise pour se dire bonjour même si on déteste quelqu’un

S’embrasser, c’est un code qui rassemble les gens et les différencie des autres systèmes… «Parfois, ce geste d’entrée en contact d’apparence insignifiant peut susciter la gêne, quand on ne sait pas si on se donne un, deux ou trois baisers, si on commence à gauche ou à droite.» Mais le baiser n’est pas le seul code: parfois, on se touche le front, les épaules, le nez.

 

Sur la bouche, l’amour ?

Le baiser sur la bouche est intime, significatif, comme le rappelle Chris Paulis: « Les prostituées n’embrassent pas sur la bouche: elles n’accordent cette intimité qu’à leur compagnon

Mais même ce baiser sur la bouche peut être interprété différemment. Ce fut le cas quand les G.I. étaient en Angleterre pour s’entraîner avant le débarquement. Pour les Américains, le baiser sur la bouche était lié au flirt. Pour les Anglaises, c’était l’étape ultime avant le mariage, une forme d’intimité aussi grande que de faire l’amour. Du coup, les Anglaises trouvaient les Américains trop entreprenants, car ils embrassaient trop vite, et les G.I. considéraient les Britanniques comme des Marie couche-toi là, car elles offraient le reste de leur corps après avoir offert leur bouche. «En 70 ans, il y a eu une uniformisation des interprétations,» dit l’anthropologue.

Le baiser, aussi sur internet

Et pourtant… elle reconnaît que le sens du baiser – avec la langue ou pas – sur la bouche n’est pas toujours limpide. « Certains jeunes peuvent embrasser dix personnes différentes sur une soirée, et dire: “J’avais une pulsion, une envie”. A contrario, une fille peut revenir d’une guindaille d’étudiants avec un garçon, faire l’amour avec, mais dire “Je ne l’ai pas embrassé. C’est seulement quand c’est important

Il y a selon elle une banalisation du baiser sur la bouche: «Un baiser dans le cou est devenu plus intime qu’un bisou sur la bouche.» Les jeunes s’embrassent en rue, se prennent en photo en train de s’embrasser. «Il y a sur les réseaux sociaux beaucoup de photos de filles qui s’embrassent, ou sont prises en photo langue contre langue.» Mais la réputation qui suit n’est pas la même pour tout le monde: un garçon qui embrasse beaucoup de filles et cool, tandis que la fille «fait ça avec tout le monde»

Les conventions peuvent également changer au sein d’un même groupe. «Chez des jeunes où on se salue en s’embrassant sur la bouche, si un couple se forme, souvent, le garçon ne veut plus que sa copine embrasse les autres. » Car même dans une société où il est banalisé, le baiser reste un signe d’appartenance à l’autre.