Seniors pauvres ou seniors riches ? On ne sait pas trop

Philippe Defeyt, président du CPAS de Namur: «La situation risque de se dégrader. » EdA Philippe BERGER

Philippe Defeyt, nos seniors sont-ils plutôt riches ou plutôt pauvres ?

Si l’on observe leurs revenus, on peut dire qu’ils sont supérieurs aujourd’hui que ceux dont bénéficiaient leurs prédécesseurs. Cela correspond au fait que les salaires de ceux qui accèdent aujourd’hui à la retraite sont en moyenne plus élevés. Il faut aussi ajouter que plus de femmes ont travaillé et qu’il y a donc plus de ménages avec deux pensions.

Comment cette situation va évoluer ?

Je pense que nous sommes arrivés à un point culminant. En d’autres termes, les futurs retraités bénéficieront de revenus moindres. On va voir arriver des gens qui ont chômé une grosse partie de leur vie ou davantage de pauses carrière. Et ce même, si des mécanismes correctifs existent.

Beaucoup de personnes âgées sont propriétaires : c’est un gage de sécurité, non ?

80 % des seniors sont propriétaires et à 65 ans, on peut estimer que la maison est payée. Alors, oui, c’est une sécurité. Cela dit, les logements vieillissent en même temps que leurs propriétaires. Et parfois, il n’y a pas d’économies suffisantes pour payer une nouvelle chaudière ou la réparation d’une toiture. C’est une question d’argent mais parfois simplement d’énergie : la précarité peut arriver dans de tels moments.

Cela donne un profil des seniors relativement homogène…

Ce qui différencie, c’est l’état de santé et/ou de dépendance. En dépit de régimes favorables pour les soins de santé, beaucoup de seniors sont en difficultés. C’est surtout le cas dans le cas de dépendance. Celle-ci est un facteur important d’appauvrissement.

Certaines statistiques présentent un taux de pauvreté relativement élevé…

Oui parce qu’elles ne prennent en compte que les revenus des pensions. Pas les revenus liés au patrimoine ou l’épargne. À cet égard, je pense qu’elles sont trop pessimistes. En revanche, ces mêmes statistiques ne tiennent pas compte des soins de santé. Et sur le coup, les chiffres officiels sont sans doute optimistes. Est-ce que l’un et l’autre se neutralisent ? On n’en sait trop rien.

A-t-on d’autres indicateurs pertinents ?

Les entrées en maisons de repos proposent des profils très différents. Ce que l’on constate depuis quelques années, c’est que les interventions du CPAS sont globalement à la baisse. Cela signifie que ces personnes ont de quoi payer. Mais il existe des situations nettement moins confortables. ¦ D.V.