Armée

Armée: des conditions de travail dégradées ?

Armée: des conditions de travail dégradées ?

De plus en plus d’accidents de travail chez les militaires? De plus en plus de soldats réformés? Heymans

L’ex-colonel médecin Marc Lemmens revient à la charge: les conditions de travail à l’armée ne répondent pas au prescrit légal.

Marc Lemmens ne dépose pas les armes. À la mi-2013, ce colonel médecin, inspecteur du travail à la Défense qui a quitté le service actif en 2012 après 34 ans de carrière, avait dénoncé, dans un pamphlet intitulé «Les oubliés de la Grande Muette», les multiples infractions à la loi sur le bien-être au travail commises, selon lui, par l’armée.

L’ouvrage a suscité une série d’interpellations au Parlement, «qui n’ont été suivies d’aucune mesure, en raison du peu d’intérêt ou du manque de connaissance de nos représentants politique sur la question», souligne-t-il aujourd’hui. Aussi revient-il à la charge. Chiffres à l’appui: «Près de 10 000 accidents du travail déclarés; au moins 30 décès liés aux activités militaires; 70 suicides confirmés; plus de 3 000 militaires licenciés pour raison médicale sans reclassement; des milliers de candidats discriminés sur base médicale, des cancers professionnels non indemnisés», de 2008 à 2013: excusez du peu!

«Ces chiffres, j’en disposais à la médecine du travail, et ils ont été détaillés par le ministre de la Défense, Pieter De Crem (CD&V), en réponse à diverses questions parlementaires», précise-t-il.

« En dernier lieu »

Pourquoi en reparler maintenant? Parce que les élections approchent, «et que le gouvernement belge a réalisé, et compte encore réaliser des économies sur le personnel de la Défense. Le bien-être au travail passe dès lors en dernier lieu», explique-t-il.

Contrairement aux affirmations de l’ancien inspecteur du travail, le Conseil d’État n’a pourtant décelé aucune contradiction entre la législation médico-militaire, et la loi sur le bien-être au travail. «Mais ces deux lois subsistent, et elles doivent être appliquées», plaide-t-il.

Il dénonce donc le nouveau statut du personnel (cf. ci-dessous) «qui n’accorde de reclassement au personnel licencié pour raison médicale que si l’affection provient d’un accident en service, et non par le fait du service reconnu par une commission». Il stigmatise la divulgation du secret médical, qui bloque le recrutement de candidats pour raison médicale: «un jeune guéri d’un cancer n’a par exemple aucune chance». Il épingle le manque de médecins du travail – «trois seulement en Wallonie» «seuls habilités à décréter une incapacité médicale». Et il incrimine le refus de considérer les lymphomes et cancers d’opérateurs radars, en dépit des études scientifiques opérées, «et malgré leur petit nombre».

Solidaire (cf. ci-dessous), la charge se veut décisive. La lecture des divers programmes électoraux révélera si elle a porté.