« L’âge est un facteur plus discriminant que la race »

Stéphane Adam, professeur de psychologie à l’ULg. ULg

Stéphane Adam, ces chiffres peuvent étonner tant ils s’éloignent de la réalité…

Non, pas vraiment même si les proportions dans les écarts sont importantes.

Comment expliquez-vous ce décalage entre les perceptions que l’on a de la vieillesse et la réalité de celle-ci ?

Associer la vieillesse à du négatif fait partie de la culture ambiante. Notamment dans les médias où tout passe par le prisme des problèmes : coût des pensions, des soins de santé… Même les émissions qui se veulent informatives ont tendance à exagérer certains aspects du vieillissement. Mais de façon générale, lorsque j’interroge mes étudiants sur les mots qu’ils associent à la vieillesse, ils me parlent de « déclin », de « perte », « dépression »… Rares sont les termes positifs.

Peut-on parler de discriminations ?

Oui, évidemment. Plusieurs études prouvent que l’âge est un facteur plus discriminant que la race. Cette discrimination imprègne très fort les milieux professionnels : là, on est considéré comme vieux dès l’âge de 45 ans.

Les employeurs jugent qu’un travailleur jeune est un meilleur rapport qualité-prix…

C’est une erreur. Là aussi, des études montrent qu’un employeur va préférer former un jeune parce qu’il estime qu’il apprend mieux. On oublie de tenir compte de l’expérience des travailleurs âgés qui compense largement la baisse des capacités cognitives. Par ailleurs, ces jeunes sont plus mobiles et donc plus vite susceptibles de quitter leur entreprise. Je vais prendre une image mais elle est tout à fait objectivée : les jeunes courent plus vite mais les vieux arrivent plus rapidement car ils connaissent les raccourcis.

Comment peut-on définir les incidences de ces stéréotypes ?

Une étude a montré que ceux qui ont une vision positive du vieillissement ont une espérance de vie plus longue. On parle d’une moyenne de 7,5 ans : c’est quand même significatif. On peut y voir une logique : ceux qui ont une vision positive ont plus tendance à avoir une vie saine.

Le regard des autres a-t-il aussi une incidence ?

Oui, quand on le conjugue avec des comportements. Ainsi, aider excessivement une personne âgée participe à augmenter sa dépendance. Faire à la place de la personne, c’est l’amener à se considérer comme inapte à le faire. Une étude a même fait le lien entre la mémoire et les enfants que l’on a. Si vous avez beaucoup de filles, c’est moins bien pour le cerveau. Elles sont plus maternantes et donc la mémoire a tendance à décliner plus vite chez les parents.¦ D.V.