Annie et Muriel dans la brume

EdA - Jacques Duchateau

Muriel Robin était l’invitée de Stéphane Bern samedi soir sur le plateau de C’est votre vie! (FR2). On connaît le principe de ces émissions: des larmes (beaucoup), du rire (beaucoup aussi, c’est «Robin Tsoin-Tsoin», pas Bertrand Cantat).

Et des conventions.

Il est convenu que tout le monde aime tout le monde. Il est convenu que l’invité doit fondre en larmes coûte que coûte. Chacun joue le jeu, avec plus ou moins de sincérité. Mais pendant quelques secondes au moins, il n’y a plus eu de doute: on avait envie de pleurer, justement parce que quelqu’un ne jouait pas le jeu. C’est venu avec un bout de documentaire sur Annie Girardot, à qui Muriel Robin voue une infinie dévotion. L’actrice est alors déjà bien malade. Mais elle peut encore parler. On lui montre une photo. Elle hésite. Cherche un nom. Elle dit «Ah… Je la connais. Ces yeux… » De l’index, elle caresse timidement le visage sur la photo. «C’est pas ma fifille, non…» Et finit par trouver. «Muriel Robin! Celle-là, alors, je l’adore. Jamais tourné avec elle. Mais j’aurais bien aimé…» Le plus délicat des hommages a surgi des brumes denses d’Alzheimer.