Soins de santé

Santé: «Le privé va finir par tout manger»

Santé: «Le privé va finir par tout manger»

(Illustration) Reporters

La santé se commercialise de plus en plus en Europe. À Bruxelles, vendredi, une campagne de résistance s’est mise en marche.

 

En mars d ernier, ils avaient déjà interpellé la Commission européenne à Bruxelles, sur la même thématique, avec la même urgence: la commercialisation des systèmes de santé s’accélère dans toute l’Europe. « Revenez avec des revendications», avaient alors dit les commissaires.

Hier, à Bruxelles, le «Réseau européen contre la commercialisation et la privatisation de la protection sociale et de la santé» a donc remis son Manifeste à trois commissaires européens (Services, Santé et Concurrence), à 12 représentations ou ambassades européennes et à Elio Di Rupo. Le point avec Yves Hellendorf (CNE), membre du Réseau européen et porte-parole de la plate-forme belge d’action santé-solidarité.

Yves Hellendorf, le Réseau européen constate que la commercialisation et la privatisation des systèmes de santé augmente dans toute l’Europe. Concrètement ?

Avec la crise de 2008, il y a eu un effet d’amplification énorme de ce mouvement de commercialisation. Juste au moment où le nombre de chômeurs et de pauvres augmente, avec un recul du niveau de santé. Et, donc, des besoins accrus de prise en charge. En Italie, par exemple, trois millions de personnes retardent le moment où elles doivent se soigner parce qu’elles n’en ont pas les moyens. Au Portugal, c’est la catastrophe. En Grèce, l’espérance de vie a diminué pour la première fois depuis la guerre.

Vous déposez votre Manifeste à la Commission européenne. Mais c’est justement l’Europe qui impose des mesures d’austérité aux États membres…

L’idée, c’est justement de montrer à la Commission qu’elle peut jouer un rôle positif. Qu’elle peut ralentir ou même inverser le mouvement en cours. Avant que le privé n’ait tout mangé.

Quelle a été la réaction des commissaires, vendredi ?

Ils ont dit que l’Europe voulait améliorer l’état de santé des populations. Mais que ce n’est pas parce que les soins de santé coûtent cher qu’ils sont efficients. Ils ont mis des bureaux d’étude à disposition des États comme outils de gestion, afin de rendre les systèmes de santé plus efficaces. Mais là où ils passent, les conditions de travail du personnel sont largement mises en cause: réduction des effectifs et parfois des salaires. Ce n’est pas dans ce sens-là que ça doit aller.

Et en Belgique ? Où en sommes-nous ? Le système des soins de santé tel qu’on le connaît est-il aussi menacé qu’en Italie ou en Grèce, par exemple ?

On n’est pas en Allemagne, où la société Fresenius a racheté 43 hôpitaux à la compagnie Rhön-Kilikum AG, pour devenir le numéro 1 des cliniques commerciales en Europe. Chez nous, un hôpital doit toujours relever du service public ou d’une ASBL. Mais la Belgique vit quand même des dynamiques négatives en hôpital: on fait de plus en plus souvent appel à la sous-traitance pour toute une série de services et on demande de plus en plus au personnel de prendre un statut d’indépendant. Comme en Pologne, où une sorte de statut poubelle se généralise.

Le secteur belge des maisons de repos est davantage concerné ?

Oui. En dix ans, presque un tiers des lits sont passés sous le contrôle de holdings internationaux. C’est la tendance française où l’acronyme Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) est aussi devenu un produit financier.

Quelle est la prochaine étape pour le Réseau ?

Une campagne coordonnée pour les élections européennes. Nous voulons influencer les partis par rapport à ces dossiers. Surtout avec le partenariat transatlantique en préparation, qui prévoit la suppression des barrières douanières et des «normes excessives» (dont les normes de protection santé). On risque d’aller vers un modèle à l’américaine, où les investissements en terme de santé doivent être privatisés.