Avec un B inversé

Reporters

Cela n’a certainement pas changé la face du monde. Et, pour dire vrai, c’est même resté longtemps inaperçu. C’était le but d’ailleurs: lorsqu’il lui avait été demandé de réaliser le célèbre portique «ARBEIT MACHT FREI» (le travail rend libre), à l’entrée du camp d’Auschwitz, le détenu Jan Liwacz avait volontairement inversé la lettre B, avec la petite boucle en dessous.

Une facétie de sa part, un pied-de-nez au commandant du camp. Un petit acte de rébellion qui, dans le contexte terrifiant d’Auschwitz, ne pouvait exister que dans la plus grande discrétion. Question de vie ou de mort…

Pourtant, il arrive que ces actes de résistance silencieuse portent du fruit. En donnant du courage ou de l’audace à d’autres ou, plus simplement, en ridiculisant les tortionnaires.

Et puis, un jour, ces gestes de bravoure clandestine illuminent la noirceur du temps et deviennent un symbole à part entière. Une sorte d’héroïsme dressé devant les outrances du pouvoir. Comme cette lettre B inversée, devenue un monument hier, au pied du Parlement européen.

À côté de l’étudiant chinois face aux chars de la place Tian’anmen, à côté de Gandhi filant du coton pour s’opposer aux importations britanniques, à côté de Rosa Parks refusant de céder sa place à un passager blanc dans un bus américain, il y a aussi tous ces Jan Liwacz qui soudent une lettre à l’envers… Tous ces anonymes qui, un jour, coupent un fil de téléphone, sabotent un frein, refusent de mettre leur pendule à l’heure du régime, introduisent un grain de sable dans la belle mécanique pourtant bien huilée et qui, de proche en proche, finissent par changer le cours de l’histoire!