MÉDIAS

Un photographe de presse viré par AP pour avoir abusé de Photoshop

Un photographe de presse viré par AP pour avoir abusé de Photoshop

AP-Reporters

L'agence AP (Associated Press) a décidé de mettre fin à sa collaboration avec le photographe freelance Narciso Contreras, un photographe récompensé en 2013 du prestigieux prix Pulitzer, parce qu'il avait retouché une photo avec Photoshop.

La photo a été prise en Syrie le 29 septembre 2013. En reportage avec un collègue vidéo-journaliste, Narciso Contreras (prix Pulitzer 2013) a pris de nombreuses photos d'échanges de tirs entre rebelles et forces gouvernementales dans un village. Sur l'une de ces photos, le photographe a effacé un détail apparaissant dans un coin de l'image : la caméra de son collègue. Peu de chose en fait. Mais si le reporter s'est permis d'effacer un tel détail, qu'en est-il de la crédibilité et de l'authenticité de ses autres photos. C'est la question que s'est posée Santiago Lyon, le directeur de la photographie de l'agence AP, qui distribuait jusqu'alors les photos de Narciso Contreras.

 

© AP/Sipa/Narciso Contreras
 

AP a elle même communiqué sur le fait, coupant ainsi l'herbe sous le pied de ceux qui auraient sans doute profité de l'occasion pour écorner la respectable réputation de l'agence américaine.

Et c'est là sans doute que l'on peut se demander si ce licenciement, qui pourrait passer pour abusif, ne serait pas plus une opération de com' qu'autre chose.

L'agence AP a prévenu ses clients que la photo avait été bannie de son fil.

Licenciement abusif ?

Justement non. Si effectivement ce licenciement (ou plutôt "fin de collaboration", le photographe est freelance) peut paraître abusif, il faut aussi se rendre compte qu'une telle manipulation d'une photo, même minime, peut jeter le discrédit non seulement sur le travail de l'auteur de cette photo mais aussi sur celui de l'agence qui le distribue. Or, une réputation professionnelle de cette ampleur, cela se construit en de nombreuses années d'un travail au-dessus de tous soupçons. Ce risque, AP n'a pas voulu le prendre. Et même si toutes les photos (492 !) fournies à l'agence par Narciso Contreras ont été inspectées de près et n'ont révélé aucune autre manipulation, la sentence de l'agence est sans appel.

Le secteur de la presse écrite vit des moments difficiles depuis de nombreuses années. La respectabilité et la crédibilité d'un média sont des valeurs primordiales. On peut dès lors comprendre la réaction de l'agence. Mais on peut aussi espérer que la carrière de ce néanmoins brillant photographe n'en sera pas pour autant irrémédiablement ternie.