ENERGIE

L’électoralisme plombe l’éolien wallon

L’électoralisme plombe l’éolien wallon

Jacques PALUT – Fotolia

Avec seulement 12 éoliennes installéesen 2013, la Wallonie«du vent» est en panne.Le secteur dénonceun climat «électoraliste».

La semaine dernière, le gouvernement wallon tirait de son chapeau un «lapin» de décret éolien qui doit sortir la filière du marasme dans lequel elle se débat. Les chiffres sont parlants. Dans le sud du pays, seulement 12 éoliennes, pour une puissance de 27 MW, ont pu être installées en 2013. Sur deux parcs: de 9 éoliennes à Tourpes-Thumaide et de 3 mâts à Frasnes-lez-Anvaing.

Les investisseurs doutent

Les projets en attente sont pourtant nombreux. Certains sont autorisés (48 MW) ou en cours de construction (81 MW), au stade de l’étude d’incidence (1 531 MW), de la demande de permis (226 MW) ou en recours. 33 projets sont ainsi englués devant le Conseil d’État, soit 206 éoliennes représentant 557 MW. «Les opposants, même s’ils ne représentent que 5% des habitants riverains, sont bien organisés», déplore Fawaz Al Bitar, conseiller éolien d’Edora.

«Les raisons de ce recul, analyse la fédération du secteur, sont essentiellement liées à l’insécurité juridique de la réglementation éolienne actuelle conduisant à un engorgement des permis systématiquement attaqués. Mais cette situation est aggravée par les déclarations de certains politiques semant le doute auprès des investisseurs». Edora, pour l’occasion, ne prend pas de gants pour dénoncer «les récentes sorties électoralistes, appelant parfois à un arrêt total de la filière.»

«Je ne crois pas que le MR soit fondamentalement contre le développement de l’éolien , il y a un peu d’opportunisme électoral dans ces réactions», souligne Fawaz Al Bitar, qui pointe aussi du doigt des déclarations venant de la majorité politique. De la présidence du cdH notamment. «Je connais des cas où le permis est octroyé et qui ne conduisent pas à l’installation d’éoliennes parce que le cadre en Wallonie n’est pas assez sécurisé», affirme le conseiller.

6 000 emplois en jeu

«Qu’on arrête de jouer avec l’avenir de milliers d’emplois du secteur», demande Edora. L’éolien représenterait en Belgique pas moins de 6 000 emplois directs et indirects. «Si on compare avec les 10 000 emplois du nucléaire, qui atteint 55% de la production d’électricité, on voit que l’éolien, avec seulement 3% de la production, est une des filières qui génèrent le plus d’emplois par MW installé.»

Heureusement, l’éolien n’est pas totalement à la ramasse en Belgique. Une centaine d’éoliennes ont été installées en 2013, dont 25 en Flandre (56,9 MW) et surtout 62 en Mer du Nord (245,7 MW). Mais même au large des côtes, le développement de l’éolien ne se fait plus sans difficultés.

Au total, l’installation éolienne en Belgique atteint 1 707,5 MW, avec 678 mâts érigés. Ce qui, selon Edora, couvre la consommation électrique annuelle de plus d’un million de ménages. Certes, avec un total de 602,5 MW installés sur son territoire à la fin 2013, la Wallonie reste la région la mieux équipée du pays en éoliennes (avec 273 mâts). Mais elle se fait doucement rattraper.

« Une transition est nécessaire »

Le futur décret éolien wallon va-t-il relancer la filière? Il faudrait d’abord que la procédure d’adoption aboutisse avant les élections.

«Ça va être chaud!», note Fawaz Al Bitar. Il faudra aussi que ce décret soit suffisamment «solide juridiquement» pour ne pas être lui-même attaqué devant le Conseil d’État. Et là, la Fédération Edora, qui dit ne pas avoir été consultée pour son élaboration, ne semble pas très rassurée. Elle mise plutôt sur un arrêté sur les «conditions sectorielles», qui précise les conditions d’installation des mâts, et qui lui pourrait aboutir plus vite, réduisant l’incertitude juridique actuelle. Car dans la mesure où trois ou quatre ans sont nécessaires pour bâtir un parc, les premières «éoliennes du décret», s’il est voté en 2014, ne tourneront qu’en 2017. Edora réclame donc une «période de transition» pour tous les projets en installation d’ici là.