Au cœur du trafic d’organes

Aux Philippines, des donneurs «volontaires» risquent leur santé pour donner un rein… © Associated Producers Ltd./Fra

Des riches occidentaux en attente d’une greffe d’organe passent parfois par des filières obscures. Plongée dans ce trafic mondial.

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De nombreux malades atteints d’un dysfonctionnement rénal se tournent désormais vers le marché noir pour se faire opérer à l’étranger. C’est ce qu’a choisi le Canadien Raul Fain qui a déboursé des dizaines de milliers de dollars pour se faire greffer un rein au… Kosovo! Pour cette opération qui lui a sauvé la vie, il s’est trouvé mêlé à l’un des pires réseaux connus de trafiquants d’organes.

Au cœur de cette «affaire Medicus» qui a récemment défrayé la chronique, sévissaient un chirurgien turc et un éminent néphrologue israélien aujourd’hui objets de mandats d’arrêt internationaux. Pourtant ces trafics ne semblent pas près de se tarir car les candidats au don rémunéré ne manquent pas. La réalisatrice canadienne Ric Esther Bienstock s’est intéressée au sujet.

Comment vous êtes-vous intéressée au trafic d’organes ?

Mon coproducteur avait un ami qui était en attente d’une transplantation rénale à Montréal. Alors qu’un donneur vivant s’était présenté, l’hôpital a refusé de procéder à l’opération parce que la démarche altruiste de cette personne était mise en doute – le don d’organes dans un but lucratif étant strictement interdit. Ces histoires ont suscité mon intérêt et j’ai pensé qu’il serait intéressant d’enquêter sur ce sujet.

Soupçonniez-vous l’ampleur du phénomène avant de débuter votre enquête ?

J’avais lu des articles qui traitaient du trafic d’organes aux Philippines, au Pakistan, en Inde ou en Amérique du Sud, sans connaître pour autant l’étendue du phénomène. On estime que le trafic d’organes concerne 10 % des transplantations, mais il existe toujours des moyens de contourner la loi.

Vous avez suivi la piste d’un réseau international de trafic d’organes…

Au cours de mon enquête, j’ai appris que des poursuites internationales étaient engagées contre les membres d’un réseau au Kosovo. Ce cas est assez unique : les donneurs, tout comme les receveurs et les médecins, étaient originaires d’autres pays. Comment se sont-ils retrouvés dans cette clinique à Pristina ? Je me suis mis en tête de retrouver la trace de toutes les personnes impliquées. C’est la colonne vertébrale du film.

Pensez-vous que votre film aura un impact ?

J’ai été invitée mi-décembre à intervenir au Parlement danois. En 2014, je me rendrai peut-être à La Haye, aux Pays-Bas. Le fait que des organisations légitimes, liées à des gouvernements, s’intéressent à mon travail prouve que les films peuvent avoir un impact sur la politique. Pour moi, la répression du marché noir, si elle n’est accompagnée d’aucune réflexion sur les solutions à apporter à ce problème global, ne sert à rien. Dans les pays où le consentement présumé n’est pas entré en vigueur, je pense que tout le monde devrait commencer par s’enregistrer comme donneur d’organes.¦

Arte, 20.50 & 22.15