Roman

Quand bourreau et victime se retrouvent

Quand bourreau et victime se retrouvent

Fariba Hachtroudi évoque, dans un roman captivant des thèmes éternels comme la violence ou l’amour. Reporters / Bpresse

Elle a été la victime d’un régime totalitaire dont il était haut gradé. Avec «Le colonel et l’appât 455,», Fariba Hachtroudi évoque l’exil, la guerre et l’amour.

Même si elle s’est, en France et un certain temps, essayée à la politique, c’est avant tout par l’écriture que Fariba Hachtroudi agit. Cette Iranienne, descendante d’une lignée d’hommes politiques et scientifiques a quitté son pays en 1963 alors qu’elle avait 12 ans à peine. Son père, célèbre mathématicien est mort deux ans avant la révolution iranienne. Mais la vie de Fariba Hachtroudi, journaliste, essayiste et romancière se partage toujours entre son passé iranien, «je parle le persan», nous explique-t-elle et sa vie française. Depuis longtemps, à travers ses livres elle évoque ses thèmes de prédilection, l’exil, le combat des femmes et la transcendance «par l’amour, l’engagement, l’innocence».

Son dernier roman, Le colonel et l’appât 455 se lit d’une traite pratiquement comme un bon polar (voir ci-contre)… «Je n’évoque dans ce livre ni lieux, ni époques. Tout au plus, on sait que l’histoire est actuelle. Par là, je veux dire qu’elle aurait pu se passer en Amérique latine dans les années 70, en Iran dans les années 80 ou actuellement en Syrie! Je l’ai fait exprès. Ça laisse un flou pour dire que les maux de l’humanité comme l’amour sont universels.»

Car, les personnages de ce roman dévoilent vite leurs failles. De la faiblesse féminine face à la force masculine, on bascule dans un univers où les choses ne sont plus les mêmes. «Le féminisme est un des thèmes de tous mes travaux. Parmi les faibles de ce monde, il y a les femmes. En même temps, l’histoire et la nature le démontrent, nous sommes les plus fortes.» Les deux Vima du roman, la victime et la femme du bourreau sont, en effet, celles qui finiront par s’en sortir. L’une malgré son amour perdu, sa vie d’exilée et l’autre grâce à son intelligence et sa volonté. «En 85-86, je m’étais rendue clandestinement en Iran. C’était vraiment l’islamisme triomphant, les laïcs et les gauchistes vivaient dans la terreur. J’en avais tiré un livre.» En 2006, Fariba Hachtroudi est retournée en Iran «la tête haute» comme elle l’avait promis sur la tombe de son père. Elle y a assisté à un congrès scientifique qui fêtait justement le centième anniversaire de la naissance de son père, célèbre mathématicien. «J’ai déjà été surprise, à ce moment, par l’évolution de la société et par le véritable gouffre qui, dans les grandes villes, se creuse entre le gouvernement et le peuple. Depuis une quinzaine d’années, une véritable évolution se marque et dans la pratique, elle est surtout le fait des femmes. Elles sont meilleures étudiantes, on les retrouve à la tête d’entreprises qui connaissent le succès. Elles se battent ouvertement pour les Droits de l’Homme. Elles ont été la cible, elles deviennent le paravent… Mais ce n’est pas encore assez car si les choses changent dans les faits, sur le papier, légalement, rien n’évolue!»

Face à ces femmes fortes, les hommes du dernier roman de l’écrivain restent pourtant attachants même l’ancien tortionnaire… «Mon roman s’inspire de personnages réels. Je trouve surprenant de voir à quel point les lois de l’humanité sont valables partout et comment certaines arrivent à faire toujours les mêmes victimes. Le colonel de mon histoire est la victime d’un système qui l’a rendu monstrueux. Mais son amour pour sa femme lui rend son humanité. je comprends parfaitement les mères qui pardonnent à l’exécuteur mais veulent voir en justice les responsables politiques. Ce sont eux les vrais coupables. Eux que l’on doit retrouver face à la Justice internationale.»

Fariba Hachtroudi, « Le colonel et l’appât 455 », Albin Michel, 184 p. On lira aussi le premier recueil de poésie de l’auteur, « Abysses » tout juste paru chez Chèvre feuille étoilée.