La guerre des diamants reste ouverte

Le secteur du diamant emploie 34 000 Belges et représente 5% des exportations du pays. Esther Wagner - Fotolia

L’origine des diamants n’est pas toujours étincelante. Les élus ont renforcé hier les contrôles. Mais les diamantaires anversois, pour la surveillance du côté des droits de l’homme, renvoient vers les ONG.

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Deux heures de discussion. Cinquante amendements déposés. La commission de la Chambre a adopté hier midi une résolution pour garantir des diamants propres et sauver «le processus de Kimberley ». Ce processus est un système de certification qui doit permettre d’éviter que la vente de diamants ne finance un conflit armé, en particulier.

En tirant la sonnette d’alarme, les parlementaires de la majorité fédérale (CD & V, sp.a, Open VLD, cdH, PS et MR) veulent un renforcement du contrôle. Ils demandent notamment que les données du processus soient croisées avec d’autres banques de données des matières premières afin de mettre d’éventuelles fraudes à jour.

Le secteur du diamant pèse lourd en Belgique. Il emploie 34 000 personnes et représente 5% des exportations du pays. « Et Anvers traite 84% des diamants bruts dans le monde, souligne le député Georges Dallemagne (cdH). La Belgique est probablement le pays qui a le plus intérêt au monde à sauver le processus de Kimberley et à casser le lien entre les violations graves des droits de l’homme et le commerce du diamant », estime-t-il.

Mais pour l’heure, les diamantaires anversois ont le sentiment d’être les seuls «à jouer le jeu ». L’AWDC, la fédération coupole des sociétés diamantaires anversoises, a réagi assez négativement hier suite à cette résolution. Si la fédération dit soutenir les nouvelles initiatives de contrôle, elle estime en revanche que la problématique des droits de l’homme doit rester du ressort des ONG. L’AWDC souligne que le système du processus de Kimberley a été en mesure de réduire en dix ans la part des diamants issus de conflits dans l’industrie mondiale du diamant de 15 à 0,2%.

Enjeu : sauver des dizaines de milliers de vies

50% des certificats «Kimberley » sont aujourd’hui produits à Anvers. Et pourtant… ce n’est même pas une garantie absolue. Les membres de la Chambre, lors de leur visite à Anvers, ont tenu en mains deux lots de diamants en provenance de Dubaï. Ils étaient bien certifiés mais… sans la mention de l’origine réelle. Or Dubaï ne produit pas de diamant et n’est qu’un lieu de transit où l’on est fort peu regardant sur l’origine des diamants.

«Entre ceux qui estiment jouer le jeu, ceux qui font semblant et ceux qui ont quitté la table, la méfiance est aujourd’hui très grande », déplore Georges Dallemagne. Mais d’insister: «Pourtant, ce système de certification a permis d’arrêter la guerre en Angola ainsi qu’en Sierra-Leone. Et de sauver des dizaines de milliers de vies humaines. »C.Ern.