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L’ictus : quand le cerveau disjoncte

L’ictus : quand le cerveau disjoncte

Quand l’ictus est là, on en sait plus quel jour on est, on est complètement désorienté, pendant plusieurs heures. Reporters / BSIP

L’ictus amnésique est un trou noir de quelques heures de la mémoire personnelle. C’est bénin, mais des examens s’imposent.

C’était en juin 2012. Francis Degré sortait de sa douche, et tout à coup, il était perdu. « Je ne savais plus ce que je faisais, quelle heure il était, ni même quel jour… J’ai été emmené aux urgences à l’hôpital de Jolimont, à La Louvière, et sur le chemin, je commençais à retrouver mes esprits. Ça a duré environ deux heures en tout. J’ai passé ensuite des scanners, prise de sang, une résonance magnétique… Aucun problème. On m’a rassuré en disant que ça arrivait à 8% des patients, généralement une seule fois dans la vie.»

Puis pendant les vacances de Noël cette année, l’ictus amnésique tombe à nouveau sur Francis. «Cette fois, ça a duré quatre heures. J’errais chez moi comme une âme en peine. Je peux difficilement expliquer ce que j’ai fait, il y a une sorte de black-out. En même temps, j’ai eu peur… On connaît tous quelqu’un qui a eu une tumeur au cerveau, et on se dit: “Cette fois, c’est mon tour.”» Francis Degré n’était pas inconscient, juste désorienté… et il a eu le réflexe d’appeler sa femme sur son portable. Retour à la case clinique, pour une batterie d’examens, qui semblent confirmer un deuxième ictus amnésique.

C’est paniquant, mais bénin

Le professeur Patrice Laloux, chef du service neurologique du CHU Dinant-Godinne explique que l’ictus est une attaque d’amnésie. «Pendant une période qui peut durer 6 à 8 heures, la personne ne comprend plus ce qui lui arrive: l’encodage des événements personnel est perturbé. Elle demande: “Qu’est-ce que je fais? Quel jour est-on? Et si on lui répond, elle n’enregistre pas les réponses… »

Il sait donner cours, mais plus quelle heure il est

C’est la mémoire personnelle qui est touchée par l’ictus, comme l’explique le Dr Laloux: « C’est arrivé à une personne circulant en voiture. Elle a réussi à rentrer chez elle, très en retard, mais n’avait aucun souvenir du trajet. Un autre patient a eu un ictus alors qu’il était dans l’arbre, en train d’élaguer avec sa tronçonneuse. Il s’est “réveillé” sur le sol, assis. Il n’était pas tombé, mais n’avait aucun souvenir.

Dans les livres de neurologies, on raconte le cas d’un prof d’histoire, qui donnait un cours son Charlemagne: le contenu était impeccable, car la mémoire sémantique était préservée… d’ailleurs, les élèves n’ont rien remarqué. Mais le prof n’avait aucun souvenir d’avoir donné cours: sa mémoire épisodique était touchée.» Le neurologue le reconnaît: l’ictus est bénin, mais impressionnant, à la fois pour le malade et son entourage.

Mais même si le malade retrouve ses esprits au bout de quelques heures, mieux vaut consulter en cas d’ictus, parce que parmi les causes les plus rares, il y a la tumeur cérébrale. « Il faut faire un scanner et une résonance magnétique, pour écarter cette hypothèse. Il faut aussi contrôler le cholestérol, le diabète et la tension, et contrôler ces facteurs de risque d’incident cardiovasculaire. » Ce petit oubli qui fait peur doit changer les habitudes de vie.