Son poumon est rempli d’amiante

Belga

L’amiante fera de plus en plus de victimes déclarées dans les cinq ans à venir. René, atteint d’asbestose depuis un an, raconte sa descente en enfer.

«Il y a 30% d’amiante dans mon poumon gauche. Ca ne reviendra jamais. C’est collé, talqué. Les alvéoles sont fermées à jamais ». René, 69 ans, a découvert son asbestose il y a un an et demi. «Respirer est devenu difficile. Marcher un peu vite, n’en parlons pas ».

René, qui habite Honville, près de Bastogne, a travaillé toute sa vie dans le bâtiment. D’abord comme menuisier, ensuite sur les toits. À sa pension, en parfaite santé, il était devenu indépendant. Il a travaillé beaucoup de bois exotique « qui est très mauvais. Après j’ai beaucoup travaillé avec de l’Eternit qui était pleine de fibres d’amiante. Et puis, on a démonté énormément de vieux toits. On respirait tout. On ne mettait pas de masque, à l’époque. »

Il y a un an et demi, ce fut le choc. «C’est arrivé en une fois. J’avais mal du côté gauche. J’ai été hospitalisé dix jours. Ils ont trouvé une poche au poumon. Ils ont pompé 800 CC. Mais il y avait d’autres poches. J’ai dû arrêter de travailler du jour au lendemain ». René avait bien entendu parler de la nocivité de l’amiante, un peu comme tout le monde, de loin. Il n’avait jamais fait attention. «On croit toujours que ça n’arrive qu’aux autres… Et encore heureux: je ne fume pas. Sinon, ce serait pire…»

René a été rapidement reconnu comme victime de l’amiante. Et le fonds est intervenu. «Il y avait beaucoup de papiers à remplir. Mais je dois dire que ça s’est bien passé, de ce côté-là ». C’est la seule «chance » de René dans son malheur. Le fond amiante fonctionne depuis quelque cinq ans de mieux en mieux. L’indemnisation des victimes de l’amiante a traîné pendant des décennies, au gré d’âpres discussions politiques et sociales. Ce fonds est, à présent, appelé à s’améliorer (voir ci contre).

Dans dix jours, René retourne faire une radio des poumons. Il attend le verdict. Mais il est déjà certain qu’il vivra pour toujours avec un poumon déficient. L’asbetose ne se guérit jamais, même si elle n’est pas mortelle comme l’est l’autre maladie terrible de l’amiante, le mésothéliome. Le mésothéliome est un cancer foudroyant (six mois de vie après l’annonce) qui se déclare jusqu’à quarante ans après l’exposition.

Quant aux autres maladies dont on soupçonne lourdement l’amiante d’en être responsables, elles ne sont pas reconnues. Et rien n’indique qu’elles le seront à terme. Le cancer du poumon, en particulier. «Mais il est très difficile d’établir le lien direct dans ces cas-là. Si la personne a fumé, est l’amiante ou la cigarette qui est en cause? », explique Éric Mazuy, porte-parole du Fonds des Maladies Professionnelles.

En attendant, hélas, l’amiante n’a pas fini de faire des dégâts et de briser des vies. Alors René, avec son poumon gauche abîmé, lance un appel: «il y a quarante ans, on respirait tout. Maintenant, ils ont des aspirateurs. Mais moi je leur conseille vraiment: portez des masques dès qu’il y a de la poussière. »