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Laser: encore 200 pilotes aveuglés en 2013

Laser: encore 200 pilotes aveuglés en 2013

«200 plaintes, c’est énorme par rapport au territoire et au nombre d’aéroports », selon Francis Uyttenhove. pixel974 - Fotolia

En 2013, plus de 200 plaintes ont été déposées par des pilotes victimes de lasers. Un phénomène de plus en plus courant.

 

Le 24 septembre dernier, un pilote de F-16 de la base militaire de Kleine-Brogel était aveuglé par un puissant laser. Un jeune homme de 25 ans, originaire de Maasmechelen, était interpellé par des policiers.

En 2013, plus de 200 pilotes d’avion ont déposé plainte, victimes de tels agissements lors de l’atterrissage. C’est autant de signalements qu’en 2012 où 206 faits avaient été répertoriés. C’est en revanche bien plus que les années précédentes (136 cas en 2011, 80 en 2010, 5 en 2009).

Les lasers sont devenus la nouvelle hantise des pilotes de ligne belges. Le phénomène est de plus en plus courant et dangereux.

Des lasers à 50 € sur le net

«Aujourd’hui, les lasers sont devenus ultra-performants et plus facilement accessibles, justifie Francis Uyttenhove, porte-parole de l’Association belge des pilotes de ligne (BeCA). Avant, il fallait se les procurer aux États-Unis, maintenant on peut aussi les acheter en Europe. Sur internet, vous en trouvez pour 50 euros. »

Ces lasers pointeurs, pas plus grands que des stylos, ont une portée suffisante pour toucher des avions à environ 400 mètres du sol. À la base, ils sont utilisés de façon scientifique pour mesurer les distances.

«Depuis 2010, les différents acteurs du secteur aérien ont été encouragés à rapporter systématiquement de tels incidents. Il est donc possible que l’accroissement des plaintes y soit partiellement lié », relate Vansantha Fagard, porte-parole du SPF Mobilité et Transports.

Les aéroports de Bruxelles et de Charleroi sont les plus touchés par le phénomène (68 cas pour Zaventem et 41 cas pour Charleroi en 2012).

Des risques de cécité partielle

« Les rayons lasers peuvent représenter un danger pour la sécurité du transport aérien », souligne le SPF Mobilité. En effet, ils peuvent avoir un impact sur l’acuité visuelle des pilotes alors qu’ils sont en phase critique de vols, à savoir le décollage ou l’atterrissage. Des situations d’autant plus dangereuses qu’à ces moments, le pilotage automatique est débranché, le pilote ayant besoin de ses yeux pour jauger les distances.

Les lasers n’ont pas encore causé d’accidents en Belgique mais sont pris très au sérieux par l’aérien belge qui se bat pour identifier les auteurs afin d’éventuellement les poursuivre pénalement.

«En Belgique, il est interdit d’utiliser des lasers en direction des avions. Toute projection de rayons lasers dans l’espace aérien belge, notamment par une discothèque, est soumise à l’autorisation de la Direction générale du transport aérien », explique Vansantha Fagard.

Selon la BeCA, des amendes ont déjà été distribuées en Belgique, sans en savoir plus sur le nombre ou les montants. «Bien souvent, les auteurs sont des gens exacerbés par le bruit des avions près de chez eux », explique le porte-parole.

Aux États-Unis, les auteurs de tels actes sont passibles d’emprisonnement et d’une amende de 11 000 dollars. Il y a quelques mois, le FBI a chargé son unité antiterroriste d’enquêter après une hausse de 17% de ces incidents.

En France, depuis la 1er juillet 2013, la loi punit l’achat, la détention ou l’utilisation de puissants lasers de 6 mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende.

Début janvier, deux frères, de 14 et 15 ans, ont été entendus par le parquet pour avoir pointé un laser sur un avion de ligne, en Moselle.

« Réglementer la vente des lasers serait une solution chez nous. Mais c’est compliqué », reconnaît Francis Uyttenhove.