« En Belgique jusqu’àla fin de notre vie »

Un des derniers clichés en Afrique avant le départ pour la Belgique.La famille découvre le bonheur, le confort et la sécurité. eda E. H.

17 années de vie en camp de réfugiés ont meurtri la famille de Méthode. Leur arrivée en Belgique est un large pansement sur leurs plaies.

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Méthode Belanwa, son épouse Christine et ses quatre enfants (Solange, Jeanine, Chantal et Dodi) ont bénéficié de cette procédure de réinstallation.

Arrivés le 13 novembre au centre Fedasil de Pondrôme, la famille vit un réel rêve éveillé. Le papa ne peut cacher son bonheur d’être arrivé ainsi, dans son nouveau pays. «On a eu la chance d’aller en Belgique. Je ne voulais pas aller aux États-Unis. En Belgique, il y a beaucoup de Congolais, la Belgique connaît notre pays. Ici, on est à la maison directement. Les enfants sont contents qu’on soit en Belgique jusqu’à la fin de notre vie.»

La vie de Méthode a basculé en 1996. «Mon papa a été tué par ses propres frères. C’était pour des problèmes de terrains qui se transmettaient de père en fils. Il a été égorgé. Ma maman a aussi été tuée. Moi, je n’étais pas à la maison, on m’a dit de ne pas y retourner.»

Les luttes tribales entre Hutu et Tutsi, les guerres interfamiliales ont poussé Méthode sur la route de l’exil. «Je n’ai plus eu d’informations sur mon pays depuis 1996. On n’a pas d’information sur notre maison. Je ne sais pas où sont mes frères et sœurs…»

Cette fuite de plusieurs années aura été émaillée d’au moins cinq heureux événements. Les naissances de ses quatre enfants et la rencontre avec son épouse. «C’était ma voisine au sud Kivu. Et puis je l’ai rencontrée dans un camp de réfugiés: on ne pouvait pas manquer cette occasion. Elle, elle avait été blessée à la machette.»

C’est d’abord à Bujumbura, qu’il a trouvé refuge «mais la vie était trop chère». Puis, il est resté deux ans en Tanzanie où il s’est retrouvé face à ses tortionnaires, également réfugiés. «On a retrouvé la famille qui nous avait ‘killés’.» Méthode a alors pris la route vers le camp de Muyinga, au Burundi. C’est là qu’il s’est posé depuis 10 ans et qu’il vivait dans des conditions difficiles. «La vie était trop précaire dans le camp. Par mois, on avait droit à deux kilos de farine, un litre d’huile, un demi-kilo de sel, trois kilos de petits pois. On n’avait pas de ressource, pas de vêtement… Alors on vendait de la nourriture pour en acheter.»

Un seul médecin pour 10 000 réfugiés, 60 enfants par classe… Méthode n’en revient pas du confort dans lequel il vit aujourd’hui en Belgique. « Les docteurs nous écoutent ici. Il y a la maman d’un de nos ‘frères’qui avait une tuberculose osseuse. On nous disait qu’on ne savait rien faire. Ici, elle sera guérie dans deux à trois semaines.»

Ce qui lui semble être un luxe absolu semble dérisoire, à nos yeux… «Ici, nous avons un frigo rempli de lait. Les enfants adorent les yaourts! Parfois, on achetait du lait mais seulement en fin d’année.» Un frigo rempli mais aussi une cuisinière: «c’était pour les riches! On ne mangeait pas de viande.»

Dans le camp, Méthode devait économiser 500 francs pour assister à un match de football dans la salle de projection, «j’ai vu la qualification de la Belgique!». Aujourd’hui, l’appartement dont il dispose temporairement à Pondrôme est équipé d’une télévision. «Les enfants ne veulent pas aller dormir le soir, sourit-il. Ils regardent la télévision.»

La vie semble enfin être plus douce pour la famille Belanwa sous le charme des conditions de vie de notre pays. «Nous étions prêts à venir ici, il n’y a pas d’hésitation. Après deux semaines, on a pu téléphoner à des gens du camp. Ils nous ont demandés comment on avait été accueilli. On a répondu: ‘comme à la maison et plus qu’à la maison’.»

E. H.