La Wallonie, son histoire et ses tabous

Les auteurs ne cachent pas avoir opté pour un point de vue résolument wallon…

La Wallonie est née d’une longue histoire, méconnue et tissée de tabous. Deux auteurs en rendent compte dans un ouvrage engagé.

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Une histoire de la Wallonie est sortie de presse en… Bretagne. Déclinée en vingt-neuf chapitres, longue de quelque 350 pages, elle part de la préhistoire jusqu’à nos jours. Elle épingle la puissance industrielle wallonne, son déclin et le fédéralisme ambigu dont elle souffre désormais. C’est donc un éditeur breton qui a voulu voir naître cet ouvrage. «Il connaissait Yannick Bauthière qui avait traduit “ Gaston en wallon ” et réalisé un dictionnaire français-walon», raconte Arnaud Pirotte, historien, coauteur du livre et militant pour une «Wallonie maîtresse de son destin».

Une histoire de la Wallonie qui remonterait à la nuit des temps? N’est-ce pas tordre les faits par rapport à une région qui n’a obtenu une existence politique il y a quarante ans? «La Wallonie n’existe comme collectivité publique que depuis 1970, c’est vrai. Et l’identité wallonne est multiple et plurielle, reconnaît Arnaud Pirotte. Il y a pourtant une énorme singularité qui réunit tous les Wallons, c’est la persistance d’une culture romane entourée de toutes parts d’un environnement germanique, sauf peut-être à Tournai. Ce qui a manqué à la Wallonie, c’est un centre intellectuel névralgique. Liège a joué ce rôle au cours de l’histoire mais n’en a plus les moyens. Les Wallons sont désormais déchirés entre Bruxelles et Paris.»

L’ouvrage prétend aller au-delà des images d’Épinal et de l’histoire belge officielle. Défilent les ancêtres gaulois dont les Belges étaient les plus braves; la principauté de Liège et sa farouche indépendance; la bataille de Waterloo; Jules Destrée et sa lettre au roi… Mais au-delà on découvre petits et grands faits méconnus qui ont aussi façonné la Wallonie. L’encyclopédie de référence de l’histoire de la Wallonie reste celle d’Hervé Hasquin, le secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. Car les auteurs de ce «point de vue wallon» ne s’en défendent pas. Ils ont opté pour un véritable point de vue wallon, politiquement engagé.

L’État belge est clairement rendu responsable du déclin industriel wallon en ayant favorisé Bruxelles et la Flandre. En retard de développement et bénéficiant d’une façade maritime, la Flandre va recevoir, surtout au cours de la seconde moitié du XXe siècle, une part plus importante des investissements. Et le mouvement va s’accélérer après la seconde guerre mondiale. «Plusieurs paramètres vont se conjuguer pour couper les ailes de l’économie wallonne: démographie plus favorable à la Flandre, infrastructures obsolètes par manque d’investissements publics…», détaille Aranud Pirotte. Et ce fut le déclin pour la Wallonie avec un chômage massif, structurel. «Il en résulte une image peu valorisante d’une population assistée et paresseuse. Cette image peu valorisante est historiquement injuste. Il est temps de briser les tabous et de penser à l’avenir de la Wallonie, insiste Arnaud Pirotte. Notre livre doit permettre aux Wallons de savoir d’où ils viennent, qui ils sont. Elle doit surtout leur rendre leur fierté trop souvent bafouée, les tirer du piège de l’autoflagellation et créer une dynamique.»

« Histoire de Wallonie, le point de vue wallon », Yannick Bauthière – Arnaud Pirotte, 376 pages, 12 €