L’immersion est bonne pour le cerveau

L’enfant qui est en immersion n’est pas «parfait bilingue». Mais il retire d’autres bénéfices. EdA

Il ne faut pas avoir peurdu bilinguisme ni en priver votre enfant en pensant qu’il n’est pas assez intelligent . Les travauxde l’ULg le montrent.

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Nous avons interrogé Martine Poncelet, docteur en psychologie, spécialisée en neuropsychologie du langage oral et écrit (ULg). Ses recherches viennent de montrer l’impact positif de l’immersion bilingue précoce. Elles ont été publiées dans Journal of Experimental Child Psychology.

Le bilinguisme a des effets inattendus. Il protégerait de la maladie d’Alzheimer ?

Oui, en effet. Selon les travaux de la Canadienne Ellen Bialystok, qui travaille sur des bilingues équilibrés, qui grandissent avec « deux langues maternelles », les personnes bilingues développent plus tardivement une maladie d’Alzheimer. Parce que le bilinguisme a entraîné davantage leurs fonctions exécutive et attentionnelles tout au long de leur vie.

Mais vous, vous avez travaillé sur les enfants en immersion…

Les enfants qu’on a étudiés sont immergés dès la 3e maternelle : ils ont cours entre 50 et 75 % du temps en anglais, et le reste du temps avec des enseignants francophones.

Est-ce que l’immersion aussi a des effets positifs sur le cerveau des enfants ?

Oui. On a évalué après trois années d’immersion, et on a constaté une supériorité au niveau du fonctionnement cognitif. On constate par exemple une meilleure attention sélective auditive : l’enfant sait focaliser sur les informations pertinentes dans des situations données. Et au niveau de l’attention divisée, il peut traiter deux sources d’informations en même temps.

Il fait également preuve d’une flexibilité intellectuelle : la capacité de passer d’un type d’info à un autre.

L’immersion fait parfois peur parce qu’elle a la réputation d’entraîner un retard scolaire…

On a évalué la maîtrise du langage écrit chez les enfants en immersion dès la 3e maternelle, au niveau de la lecture et de l’orthographe.

Souvent, on apprend à lire dans la langue seconde, puis on introduit la lecture en français en 2e primaire. Les parents se demandent parfois si ça ne nuit pas au français… Mais dans notre étude, nous constatons que dès la 3e primaire, les enfants en immersion ont le même niveau pour la lecture que les enfants qui ne sont pas immergés. Et cela même pour des sons qui sont très différents entre le français et l’anglais.

Et pour l’orthographe ?

Les élèves en immersion et hors immersion atteignent à peu près le même niveau en orthographe française. Mais pour les sons particuliers au français comme « aïe », « in », « on », la maîtrise arrive souvent un peu plus tard : le niveau est acquis en 5e primaire.¦