santé -

Implantation d’un cœur artificiel, espoir pour des milliers de malades

Implantation d’un cœur artificiel, espoir pour des milliers de malades

Le nouveau cœur est destiné aux malades souffrant d’insuffisance cardiaque terminale et trop âgés pour espérer une greffe. AFP

Après l’implantation dans un hôpital parisien d’un cœur artificiel «bioprothétique », une première mondiale, des opérations similaires qui pourraient intervenir assez rapidement, sont porteuses d’espoir pour des milliers de patients gravement malades.

Le patient, un homme de 75 ans, qui a été opéré mercredi par une équipe de 16 personnes, «progresse et récupère », a indiqué le Pr Christian Latrémouille, qui a réalisé cette opération à l’hôpital Georges-Pompidou sous la direction du Pr Alain Carpentier.

«Il était en situation de fin de vie », sans autre alternative, a expliqué samedi le Pr Latrémouille lors d’une conférence de presse. «L’intervention s’est déroulée dans de bonnes conditions […] Il n’y a pas eu de complications liées au caractère innovant de l’implantation, nous nous sommes retrouvés dans des conditions habituelles » de greffe cardiaque classique, a-t-il raconté.

«Il ne marche pas encore mais on va essayer de le mettre assis, puis debout assez vite. L’objectif est qu’il ait une vie normale », avec cependant une ceinture de batteries autour de la taille pour l’alimentation électrique de la prothèse, a encore indiqué le Pr Latrémouille.

Alain Carpentier, qui s’est battu pendant 25 ans pour faire naître ce cœur artificiel, a décrit son émotion indicible quand il a vu le cœur artificiel se mettre à fonctionner. Quant au patient, il a dit «Merci » et s’est permis de plaisanter avec l’équipe. «Il a beaucoup d’humour, c’est un très bon patient », selon le Pr Carpentier.

Le président français François Hollande a adressé ses «félicitations » et ses «encouragements » au Pr Carpentier et à l’équipe de chirurgiens. «La France peut être fière de cette action exceptionnelle au service du progrès humain », a écrit le président dans une lettre.

«Bravo aux Français qui ont implanté un cœur artificiel à un patient. Merci pour l’espoir et les perspectives que cet exploit permet d’ouvrir » a écrit dans un tweet le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

«Un certain nombre de malades sont en train d’être sélectionnés, il est probable que dans les semaines qui viennent d’autres implantations soient faites », a déclaré sur la radio privée Europe 1 le Dr Philippe Pouletty, cofondateur avec le Pr Carpentier de Carmat, société qui conçoit le cœur, évoquant trois possibles autres patients implantés.

Mais le Pr Latrémouille a indiqué qu’aucun nouveau malade n’avait été sélectionné définitivement: «On est dans une première phase tout initiale ».

Un marché colossal

Des coeurs artificiels sont implantés dans le monde depuis une dizaine d’années, mais il s’agit généralement de machines temporaires, posés dans l’attente d’une greffe.

Le nouveau cœur est destiné aux malades souffrant d’insuffisance cardiaque terminale et trop âgés pour espérer une greffe. Un marché colossal s’ouvre pour Carmat: environ 100.000 malades en Europe et aux États-Unis ne pourront pas recevoir une transplantation, faute de greffons.

Mais tous ne pourront en bénéficier. Cet appareil de 900 grammes, plus lourd qu’un cœur humain (300 g), ne peut être implanté que chez des personnes corpulentes: il est compatible avec 70% des thorax d’hommes et 25% de ceux des femmes.

Autre obstacle, le prix. Ce cœur high-tech coûte environ 160.000 euros, autant qu’une greffe et ses suites opératoires. Seuls les plus fortunés, sauf si la Sécurité sociale le rembourse, pourront se l’offrir.

Interrogé sur la différence avec l’expérience rivale américaine du cœur de titane et plastique AbioCor, engagé dès le début des années 2000, le Pr Alain Carpentier a souligné son cœur était «bioprothétique », c’est-à-dire tapissé à l’intérieur de «tissus biologiques » tirés d’animaux pour réduire très fortement le risque de formation de caillots rencontré lorsque le sang coule sur une surface «non biologique ».

Le premier patient implanté par Abiocor en 2001 a survécu 152 jours avant de mourir d’une hémorragie interne vraisemblablement causée par le traitement anticoagulation suivi pour éviter la formation de caillot.