OPINION

Poursuivie pour un bisou à un policier... Ou quand la violence n'engendre que la violence

Poursuivie pour un bisou à un policier... Ou quand la violence n'engendre que la violence

AFP / Marco Bertorello

Une étudiante italienne doit faire face à un procès pour harcèlement sexuel et insulte envers un agent public. Son délit ? Avoir, lors d'une manifestation, embrassé un policier sur... la visière de son casque. On nage en plein délire.

Il est des photos de manifestation qui ont changé bien des choses. Je pense inévitablement à cette icône de Marc Riboud, "La jeune fille à la fleur". Une photo réalisée à Washington, lors d'une manifestation contre la guerre au Vietnam, en 1967. Le courage face à la force. Le peuple face à la répression. Un symbole qui avait fait le tour du monde. Probablement l'image la plus emblématique de la carrière du grand photographe français.
 

© Marc Riboud / Magnum Photo

Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec cette photo prise en Italie mi-novembre. C'était la xième manifestation contre la liaison ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin. Alors que les précédentes confrontations entre manifestants et forces de l'ordre avaient tourné au vinaigre, la manif se déroulait ici dans le calme. Une jeune étudiante de 20 ans a alors embrassé un policier sur la visière de son casque anti-émeute. La voilà donc prête à comparaître au tribunal pour harcèlement sexuel et insulte envers un agent public.
 

 © AFP / Marco Bertorello

Le photographe Marco Bertorello, qui a immortalisé la scène raconte : "Saisi par l’effet de surprise, l’agent, probablement le plus jeune de son groupe, a fermé les yeux. Grâce à ce réflexe, sur la photo, il a vraiment l’air d’un amoureux qui s’apprête à embrasser sa petite amie ! Alors qu’évidemment ce baiser n’avait rien à voir avec l’amour et beaucoup avec la politique. Le policier s’est ressaisi et s’est tourné sur le côté pour « repousser l’assaillante ». Même si ce n’est certainement pas « l’agression » la plus désagréable qu’il ait eu à subir au cours de sa carrière, il n’avait pas l’air content du tout…".

Par la grande porte

Je ne peux m'empêcher de penser que ce policier avait là une opportunité d'entrer dans l'Histoire par la grande porte. Malheureusement, il n'en sera rien. Cette image, qui sera sans aucun doute une des images de cette année 2013, il ne l'assume pas : "Lorsque je porte mon uniforme, je représente la police, je me dois de ne pas répondre aux provocations".

La jeune femme a déclaré qu'elle voyait son geste comme une réponse à la violence des forces de l'ordre à l'égard des manifestants, ajoutant que les policiers qui lui faisaient face ne lui inspiraient que dégoût et pitié.

Pas une première

J'apprends encore qu'au Montenegro, une manifestante a été condamnée pour des faits similaires.

Dès lors, je me pose une question : la seule réponse à la violence n'est-elle que la violence ? Une main tendue sera-t-elle désormais considérée comme une menace ? Un sourire comme une offense (tiens, ça s'est vu en foot dernièrement ça...) ?

Même si la photo de Marc Riboud n'a pu résoudre le conflit au Vietnam, elle a apporté sa petite pierre à un édifice de paix toujours bien fragile. La photo du bisou au policier italien fera elle aussi le tour du monde, mais pas pour la même raison.

Désormais, j'ai bien peur que les prochaines manifestations ne soient qu'escalade de la violence. Dans un tel contexte, difficile de trouver espoir de paix...