« Coup d’État populaire » à Bangkok

Les violences ont fait4 morts et 57 blessés. AFP

Des milliers d’opposants ont lancé dimanche «un coup d’État populaire » en Thaïlande,afin de renverserla Première ministre.

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L’escalade de la tension depuis un mois a franchi un cap ce week-end, faisant redouter le pire dans un pays prompt à s’embraser. La police thaïlandaise a utilisé gaz lacrymogènes et canons à eau contre les manifestants menaçant dimanche de prendre le siège du gouvernement, après des violences qui ont fait samedi quatre morts et des dizaines de blessés.

Au cœur de la colère des manifestants, alliance hétéroclite de bourgeois conservateurs proches du Parti démocrate, le principal parti d’opposition, et de groupuscules ultra-royalistes: une haine profonde du frère de la Première ministre Yingluck Shinawatra, le milliardaire Thaksin Shinawatra.

Les manifestants – qui étaient dimanche, selon la police, 70 000 à travers Bangkok contre près de 180 000 il y a une semaine – accusent Thaksin, renversé de son poste de Premier ministre par un coup d’État en 2006, d’être toujours le véritable décisionnaire de la politique du gouvernement depuis son exil à Dubaï.

Les violences ont éclaté samedi soir près du stade, quand des opposants ont attaqué à coups de pavés un autobus transportant des «chemises rouges », partisans du pouvoir. Un homme de 21 ans a été tué par balles dans des circonstances non élucidées. Trois autres personnes sont mortes et 57 ont été blessées, selon les secours. Au moins deux «rouges » feraient partie des victimes, selon la police.

Toute la journée de dimanche, des incidents ont opposé les forces de sécurité aux manifestants antigouvernementaux.

Appel à la grève des fonctionnaires

Le mouvement actuel a été provoqué par un projet de loi d’amnistie taillé sur mesure, selon l’opposition, pour permettre le retour de Thaksin, en exil pour échapper à une condamnation à la prison pour malversations financières. Malgré le rejet du texte par le Sénat, les manifestants n’ont pas désarmé.

Les chefs de file de la contestation contre Yingluck Shinawatra avaient déclaré ce dimanche «jour de la victoire » afin de mettre fin au règne de la chef du gouvernement et de son clan sur la Thaïlande.

Les leaders de la contestation avaient appelé leurs partisans à lancer «un coup d’État populaire » et à s’emparer de dix édifices publics, de six stations de télévision, du QG de la police et du siège du gouvernement au cours de ce dimanche, date butoir qu’ils avaient fixée pour le départ de Yingluck Shinawatra.

Un groupe de manifestants a bien obligé la Première ministre à s’enfuir du siège de la brigade des stupéfiants où elle avait prévu une série d’interviews avec la presse. Mais les protestataires, s’ils ont pris le contrôle de la chaîne de télévision publique PBS, n’ont pu forcer les barrages de sécurité autour des batiments publics.

Suthep Thaugsuban, meneur du mouvement, a appelé les fonctionnaires à se mettre en grève à partir de ce lundi.

Dans un pays qui a connu 18 coups d’État ou tentatives de coups depuis l’établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932, l’armée, appelée en renfort par la police dimanche, a prié les manifestants de ne pas lui demander de prendre parti.

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