La tentation des milices privées

Face à des pirates qui n’ont guère à perdre «que» leur vie, les armateurs s’organisent. Et font appel à des milices privées. Sony Pictures

Face à la menace,les armateurs se sont organisés. Et font appel à des milices privées moins chères que l’armée.

Elles sont aujourd’hui plus de 150 à avoir plus ou moins pavillon sur rue. Les milices privées s’invitent, depuis quelques années, sur les navires marchands afin d’en assurer la sécurité de façon plus «professionnelle», « et leur présence à bord est réellement efficace», assure Peter Verstuyft au nom des armateurs belges. «Ce sont d’anciens SAS, militaires et même quelques bandits reconvertis», complète, dubitatif, Carl Gillis.

Leur généralisation n’est pas, pour autant, sans poser de question : «Ils ne sont qu’une partie de la solution, considère le lieutenant Gillis. Car ils ne participent pas, comme l’armée, à d’autres dimensions de la lutte comme la piraterie.» Surtout, le cadre légal dans lequel ils exercent leur métier est flou et varie d’un pays à l’autre : en Belgique, une loi vient d’être promulguée visant à encadrer leur présence à bords de paquebots amenés à naviguer dans les zones sensibles. Mais le débat fut âpre, et certains aménagements doivent encore être apportés : «La volonté des politiciens et des armateurs de protéger les équipages de ces navires est louable, souligne Carl Gillis, mais il faut éviter de se retrouver avec des cow-boys à bord, qui ne respectent pas les règles d’engagement que nous, militaires, suivons. Or, si chez nous, on achève d’encadrer leur activité, il ne faut pas être naïfs : il existe des milices privées qui ont d’autres interprétations des règles d’engagement

Volvo ou 2 CV

Les sociétés privées de sécurité ont surtout l’immense avantage de… coûter beaucoup moins cher aux armateurs qu’un encadrement militaire, lui aussi possible : «C’est plus confortable, c’est sûr, concède Peter Verstuyft. Mais d’une part, les militaires belges doivent venir de Belgique, ce qui leur prend un temps considérable dont nous, armateurs, ne disposons pas. Ensuite, en terme de coût, c’est un rapport de un à dix.» Revers de la médaille : là où l’armée déploie une quinzaine d’hommes, les milices privées ne sont généralement constituées que de trois à quatre miliciens : «Soit vous achetez la Volvo, soit vous achetez la 2 CV», sourit Carl Gillis.Mi.D.

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