CAPTAIN PHILLIPS

On a assassiné Jack Sparrow

On a assassiné Jack Sparrow

Fallait pas passer par là: le capitaine Phillips (Tom Hanks) et l’équipage du Maersk Alabama sont pris en otages. Le début d’un long calvaire. Reporters / Capital Pictures

Les armateurs belges et l’armée sont contents : «Capitaine Phillips», qui sort mercredi, donne une autre image, moins sexy que celle véhiculée par Johnny Depp, de la piraterie. Et du quotidien des navires marchands amenés à circuler au large de la Corne de l’Afrique.

La critique du film de Paul Greengrass

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Quelques hommes, à bord d’un skiff de fortune, et une échelle auront suffi. En avril 2009, le Maersk Alabama, alors au large de la Corne de l’Afrique, est la cible de pirates somaliens. Qui finiront par en prendre le contrôle avant d’emmener le commandant du paquebot américain, devenu otage, lors de leur fuite. L’histoire se finira tragiquement pour trois des quatre pirates, de pauvres gars jeunes, drogués et instrumentalisés. Elle est aujourd’hui racontée par Paul Greengrass dans Capitaine Phillips, un film âpre, en forme de coup-de-poing, qui ravit… les armateurs belges, dont les navires circulent au quotidien dans cette zone hautement sensible. Et l’armée belge, qui participe activement à la mission européenne «Atalanta», censée sécuriser les lieux.

Le Capitaine Carl Gillis, en charge du commandement de la frégate Louise-Marie qui assura en 2011 la sécurité de l’Océan Indien dans le cadre de la mission Atalanta, résume le sentiment commun en une petite phrase, certes amusante, mais révélatrice : « Même si le cas du Maersk est particulier, c’est très réaliste.Je suis content qu’on dépasse Johnny Depp, et qu’un film donne une autre image de ce qu’est la piraterie en Somalie.» Moins diplomatique, car financièrement engagé sans doute, Peter Verstuyft, directeur de l’Union Royale des Armateurs Belges, abonde : «Ici, et notamment au ministère de l’Intérieur, on me dit souvent que j’exagère, qu’on ne va quand même pas attaquer ces ‘‘pauvres petits Africains qui meurent de faim’’. Mais là-bas, c’est loin : ces gens-là ne savent pas ce que nous vivons au quotidien

"Ce ne sont que des fantassins"

On ne lui fera pas dire ce qui n’est pas : faim et pauvreté sont le lot quotidien du peuple somalien. Mais dans un pays constamment en guerre, la piraterie est un boulot comme un autre. Le seul, parfois. Et une forme d’esclavage, au service du crime organisé local : «Ceux que l’on voit dans le film ne sont malheureusement que des fantassins, poursuit Carl Gillis. Ce ne sont pas eux qui gagnent le plus d’argent

Or, de l’argent, la piraterie en rapporte encore. On estime ainsi que sur les cinq dernières années, 400 millions$ ont été payés sous forme de rançons. La chose, toutefois, se fait de plus en plus rare, grâce aux efforts concertés de l’Europe et de ses partenaires, américains, chinois et japonais : aucune tentative de prise d’otages n’a plus abouti depuis mai 2012. Alors qu’ils parvenaient jadis à se faire passer pour d’inoffensifs pêcheurs ou les garde-côtes locaux, les pirates sont désormais attendus.

« Quand va-t-on retirer la prise ? »

Il faut dire, aussi, que sur place, les frégates militaires se relaient pour patrouiller, traquer les éventuels assaillants et aider, le cas échéant, les paquebots en difficulté : «Quand j’étais sur place, sourit mollement Carl Gillis, la zone qui nous avait été attribuée avait la… taille de l’Europe. C’est un peu comme si on vous demandait de couvrir tout le territoire belge avec un seul combi.» Aussi, les efforts de tout ce petit monde sont-ils coordonnés depuis Londres par la Maritime Security of the Horn of Africa et la plateforme international d’échange d’information Mercury, sorte de «chatbox» qui permet aux paquebots amenés à croiser au large de la Corne de l’Afrique d’échanger leurs informations : «Après quatre ans, la machine est assez efficace, constate l’Amiral Michel Hofman, qui fut adjoint au Commandant de la Force européenne déployée au large des côtes de la Somalie dans le cadre de la lutte contre la piraterie. Mais la communauté internationale doit maintenant se demander : quand va-t-on retirer la prise?» « Notre mandat se termine en décembre : que va-t-on faire alors?», complète, circonspect, Carl Gillis.

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