Victime d’un mailing funèbre

Entre 45 et 65 ans, vous pouvez vous attendreà ce que d’autres pensent à votre mort.

Yvette vient de se faire opérer suite à un cancer et reçoit une offrepour une assurance obsèques. Hasard malencontreux?

«Chère madame, de longues années de vie au mieux de votre forme, c’est tout ce que nous vous souhaitons. Et nous comprenons fort bien que vous n’ayez pas la tête à penser au moment où vous ne serez plus là. Pourtant, pour votre tranquillité comme pour celle de votre famille, mieux vaut avoir tout préparé. C’est pourquoi nous nous sommes permis, il y a quelque temps, de vous envoyer un dépliant d’information sur l’Assurance obsèques bpost banque.»

On imagine fort bien le désarroi, voire la colère, de la dame quand elle a reçu ce courrier de sa banque. Une lettre joliment troussée mais totalement malvenue. C’est qu’Yvette, 63 ans, vient juste de se faire opérer d’un cancer pour la troisième fois. Légitimement, elle se pose la question : sont-ils au courant qu’ils s’adressent à une personne malade?

Chez bpost, on déplore ce «malheureux hasard» et on réfute catégoriquement tout lien avec le dossier médical de madame. Trois critères ont été retenus pour adresser le courrier au client : son âge, entre 45 et 65 ans, le fait de disposer d’un compte en activité et ne pas avoir reçu pareille demande lors des deux derniers envois de l’offre Assurance obsèques, précise Frédéric Jonnart, directeur marketing de la banque postale.

De bonne foi

On peut accorder crédit en la bonne foi de l’entreprise. «Je peux croire cela. En principe, le traitement de données de santé est absolument interdit, sauf pour les hôpitaux et les médecins et je ne vois pas comment bpost aurait pu obtenir ce genre de données», souligne Eva Wiertz, de la Commission de la protection de la vie privée. Même jugement du côté de Test-Achats. «Il peut y avoir des poursuites si ce genre de données sensibles sont utilisées, précise le porte-parole, Jean-Philippe Ducart. Ça peut arriver malheureusement mais c’est rare. Les sociétés de mailing sont très prudentes sur ce point.»

Reste la question de l’âge. Pour que cette donnée soit utilisée, Yvette aura dû cocher, à un moment ou l’autre, une «case» donnant (en tout petit caractère sans doute) son autorisation pour une utilisation commerciale de l’information.

«La Poste est devenue un acteur commercial comme un autre, qui revend ses fichiers à des tiers. Il faut que les gens soient prudents», explique M. Ducart.» «Il y a deux ans, ajoute Eva Wiertz , nous avions ouvert un dossier sur l’envoi massif d’une enquête Select post destinée à recueillir des informations sur beaucoup de choses. Elle était facultative mais ça n’apparaissait pas vraiment.»

Quoi qu’il en soit, la loi de protection de la vie privée donne un droit d’accès à vos données privées qui sont à la disposition des entreprises de mailing et on a toujours la possibilité de demander à l’expéditeur de vous désinscrire de ce genre de listes. Si la firme ne réagit pas, la Commission vie privée peut être saisie. Elle ne pourra pas prendre des sanctions, mais jouera les médiateurs.

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