MÉDIAS

L'AFP condamnée pour une photo récupérée sur Twitter : faut-il tweeter ou non des photos ?

L'AFP condamnée pour une photo récupérée sur Twitter : faut-il tweeter ou non des photos ?

Jacques DUCHATEAU

On s'en souvient, il y a trois ans, une image du tremblement de terre en Haïti avait fait le tour du monde. Diffusée par l'AFP et Getty, elle faisait la Une de nombreux journaux autour du monde. Mais le photographe qui l'avait réalisée n'avait pas touché un kopeck. Les agences ont été condamnées.

Cette photo était celle d'une jeune femme sous les décombres d'une maison. Le photographe Daniel Morel, un des seuls sur place, l'avait publiée sur son compte Twitter. Mal lui en a pris... la photo (faisant partie d'une série de huit photos diffusées) avait été récupérée par des agences (AFP et Getty Images), via un autre utilisateur de Twitter qui les leur avait vendues. Elle a alors été diffusée dans le monde entier, faisant la couverture de dizaines de publications. Assez rapidement, les agences se sont rendu compte qu'elles n'avaient pas le droit de diffuser les images. Elles ont contacté leurs clients pour le leur signifier, mais il était évidemment trop tard. AFP et Getty Images viennent d'être condamnées par un tribunal américain à verser plus d'un million de dollars à l'auteur de la photo, Daniel Morel.

La photo de Daniel Morel, distribuée par l'AFP et Getty Images, avait été publiée à la Une de nombreux journaux.
 

Internet ne veut pas dire gratuit

Il est bon de revenir sur une règle que beaucoup oublient : même sur internet, une photo appartient à son auteur. Et donc toute utilisation doit être monnayée. Twitter propose désormais de pouvoir "embeder" ce qui est diffusé sur le site. De façon à pouvoir republier dans le contexte Twitter. C'est le seul cas autorisé par Twitter pour rediffuser une oeuvre sans en payer les droits à son auteur. Mais évidemment, pour un journal papier, le code embed, ça ne passe pas.

Damien van Achter, observateur avisé des médias : "Personne n'oblige un photographe à publier sur Twitter ou tout autre réseau social. Il y a évidemment toujours un risque de se faire "voler" du contenu. On remarque désormais que ceux qui maîtrisent bien ces outils les utilisent différemment. Une photo sera diffusée sur Twitter en teaser. Le photographe proposant dès lors ses autres photos sur son site, payant. Nous sommes dans une période trouble au niveau des droits d'auteur. La notion même de droits d'auteur pourrait paraître désuète mais en fait elle date du siècle dernier et n'est plus en phase avec l'usage et les technologies actuelles. Il faudrait réellement organiser une table ronde et redéfinir au niveau mondial les notions de droits d'auteur. Pour légiférer et surtout harmoniser."

Droit.. de survie

De nombreux photographes ont déjà été spoliés via internet. Les journaux eux-mêmes, entre concurrents, ne respectent pas toujours les droits élémentaires des photographes. Une chose qu'il faut effectivement faire évoluer au plus vite. Il y va de l'existence même de la profession !

En Belgique, à l’initiative du Ministre Vande Lanotte, le gouvernement a décidé de finaliser un texte de révision du droit d’auteur sans réelle concertation avec les sociétés d’auteurs. Cette proposition de loi (que l’on mentionne également sous le nom de CODEX) sera soumise au vote de la Chambre dans les jours qui viennent. Une révision qui ne ravit absolument pas la Sabam (une des principales sociétés de gestion des droits d'auteur en Belgique). Pour elle, "ce texte reprend un nombre conséquent de dispositions qui violent gravement le caractère exclusif du droit d’auteur". La Sabam a d'ailleurs organisé une pétition sur son site internet.

À la sortie de son procès contre l'AFP et Getty Images, Daniel Morel aurait déclaré : "Je suis satisfait. J'espère que cela n'arrivera plus jamais à l'un d'entre nous. C'est une victoire pour tous les artistes, pour les droits d'auteur." Des propos recueillis par... l’AFP.

Le groupe facebook de soutien à Daniel Morel.