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Draps lavés 2 fois par an, 1 à 2 douches par semaine : «Les prisons ne sont plus que des entrepôts»

Draps lavés 2 fois par an, 1 à 2 douches par semaine : «Les prisons ne sont plus que des entrepôts»

(Illustration)

Belga

Etats généraux sur la prison: les commissions de surveillance pénitentiaire dépeignent une image très sombre des prisons, le jour où l’ONU doit dévoiler un nouveau rapport sur la situation dans les prisons belges.

Des cellules surpeuplées, à peine une à deux douches par semaine, des draps qui ne sont lavés que deux fois par an, des gardiens débordés: les commissions de surveillance pénitentiaire dressent une image très sombre des prisons belges, le jour où l’ONU doit dévoiler un rapport sur la situation préoccupante dans nos prisons.

Le Conseil central de surveillance pénitentiaire (CCSP) réunit ce vendredi des directeurs de prison, des magistrats, des avocats, des hommes politiques, des observateurs et d’autres personnes concernées dans des Etats généraux au parlement fédéral, pour débattre de la situation des prisons belges.

La surpopulation est un mal ancien, avec près de 12.000 détenus pour quelque 9.400 places. La Justice construit de nouvelles prisons et le gouvernement a pris une série de mesures supplémentaires, mais la situation reste critique. Le fait qu’on investisse surtout dans la sécurité pour maintenir en vie un système surchargé ne fait que mettre encore plus les droits de l’homme sous pression, est-il ressorti.

«Les prisons se sont transformées en entrepôts, tandis que les hommes politiques ne se rendent pas compte des risques et dégâts que cela entraîne», souligne-t-on du côté de la commission de contrôle de la prison de Lantin. «La situation à Lantin, comme dans d’autres prisons, est inquiétante sur le plan de l’hygiène, de la surpopulation, des moeurs et du manque de personnel.»

Et si les gardiens font grève, les détenus perdent leurs droits les plus élémentaires, renchérit la commission de Namur. Les visites des avocats et de la famille sont annulées, on ne parle plus de douches ou même de la vidange des urinoirs et ni les repas ni les médicaments ne sont correctement distribués.

La section belge de l’Observatoire international des Prisons a donc à nouveau plaidé pour l’instauration d’un service minimum. «Faire grève est un droit, mais il viole les droits de base des détenus», affirme-t-elle. Ce à quoi le représentant de la CGSP a répliqué: «Que l’on s’assure d’un personnel et de moyens suffisants, de sorte que les conditions minimales soient remplies, et 95% des conflits seront résolus».

Il est donc grand temps de réfléchir - à côté du personnel, places et moyens supplémentaires - à des actions structurelles pour trouver une nouvelle voie, ont estimé différents intervenants. Pourquoi recourt-on encore autant à la détention préventive, ou pourquoi ne dépénalise-t-on pas certains faits, de sorte qu’ils puissent être traités d’une autre manière, se sont interrogés des participants.

Le plaidoyer le plus remarqué est venu du directeur de la prison d’Audenaerde, Hans Claus, qui souhaite une réduction drastique des structures pénitentiaires. Les grands complexes pénitentiaires laisseraient la place à de petites maisons de détention, avec un nombre très restreint de détenus, toutes les facilités et un accompagnement sur mesure.

Avec 12.000 détenus et moins de 600 communes belges, chacune d’elle pourrait accueillir par exemple deux maisons de détention avec chacune dix détenus, a-t-il détaillé. Non seulement les conditions de vie et les chances de réinsertion s’amélioreraient sensiblement, mais le coût de la détention serait également moindre, selon le directeur. Un mètre carré de prison coûte à Beveren par exemple 2.413 euros, contre 1.500 pour des maisons de détention plus petites, a-t-il indiqué.

Avec quatre nouvelles prisons prévues, le changement ne semble pas être pour demain. Il reste donc nécessaire de travailler aux conditions de vie en cellule.

La commission des Nations Unies contre la Torture devrait publier ce vendredi un nouveau rapport sur la situation dans les prisons belges. Elle dépeindra vraisemblablement un portrait assez sombre de la manière dont notre pays traite ses détenus.