Le milieu hospitalier revient souvent dans la littérature sur le burn-out. « Parce qu’au début, quand on a parlé de burn-out, on a établi que cela survenait dans des secteurs où l’implication émotionnelle était importante.

On avait épinglé les enseignants, les travailleurs sociaux et les soignants, se souvient Philippe Corten. Du coup, il y a eu beaucoup de recherche sur cette population-là, et pas sur les autres. Mais chez nous, une étude a été réalisée sur 3 000 patients. On n’en retire aucune profession à risque : il y a des ca dres, des employés des profs… Mais on voit très peu d’ouvriers. »

Plutôt qu’un secteur, c’est un type de management que pointe du doigt David Tordeurs, du centre de réhabilitation psychosomatique de Mont-Godinne: la production maigre ou «lean production». « C’est aussi ce qu’on appelle la stratégie de Toyota : à savoir maximiser la rentabilité et robotiser les employés. Ce système débarque de plus en plus chez nous… et c’est celui qui a entraîné des vagues de suicides en France. C’est efficace au niveau comptable, mais il y a des conséquences sur les employés. » Dans les entreprises «lean», on supprime les rencontres informelles : les réunions de transitions entre les équipes qui font les pauses sont remplacées par un mémo informatique. « Certaines entreprises suppriment la soupe ou le café gratuit… les endroits où l’on se rencontre. Les collègues ne se parlent plus, et au bout d’un moment, ça devient difficile à vivre.»

Malheureusement, si les centres qui traitent le stress en Belgique peuvent parfois remarquer des systèmes de managements qui induisent des épuisements professionnels, ils n’ont pas réellement le pouvoir de les contrer.