Le drone, cet assassin silencieux

Les attaques de drones entre 2004 et 2013 auraient fait 4 700 morts. C’est le seul chiffre que donnent les USA.

Associated Press / Reporters

Les drones américains ont tué des centaines de civils au Pakistan entre 2004 et 2013. Amnesty International réclame des comptes aux USA.

Un jour ensoleillé d’octobre 2012, quelque part dans la région du Waziristan, au nord du Pakistan. Mamana Bibi, une dame de 68 ans, est occupée à la récolte de légumes dans un champ familial pour le repas du soir. Dans le ciel, des drones américains passent et repassent. Parfois par deux, parfois par trois. Pour la famille de Mamana Bibi, cela n’a plus rien d’inhabituel. Sauf ce jour-là. Le 24 octobre après midi donc, deux missiles Hellfire tirés d’un drone américain la pulvérisent sous les yeux de sa famille. Pourquoi ? Aujourd’hui, sa famille n’a toujours pas la réponse. Les autorités américaines restent formidablement muettes sur le sujet. Tout comme pour tous ces autres civils victimes de tirs de drones...

Car selon le dernier rapport sur l’usage des drones au Pakistan que vient de publier Amnesty International, ces victimes oubliées des tirs de drones se comptent par centaines...

Combien ? Les chiffres fournis dans le rapport ne sont que des estimations. Les sources américaines ne donnent qu’un chiffre global : 4 700 morts. Les autres données (nombre d’attaques, victimes civiles, etc.) sont en revanche estampillés «classified  ». Mais selon d’autre sources, le nombre total de morts oscillerait entre 2000 et 3600, parmi lesquels entre 300 et 925 civils, dont près de ... 200 enfants. Et on ne parle du nombre de blessés...

Mais peu importe. Pour les États-Unis, les victimes tuées lors des frappes de drones sont qualifiées de «terroristes  ». Mais du côté d’Amnesty, on s’insurge  : « toutes les victimes décédées ne sont pas, d’une manière ou d’une autre, impliquées dans les combats. Il s’agit de civils innocents.»

Et l’ONG de réclamer, entre autres, que les autorités américaines rendent publiques les données relatives aux attaques de drones au Pakistan, en ce compris les bases légales qui confèrent aux drones un «droit de tuer  » dans un territoire étranger. De même, l’ONG demande qu’en cas d’attaque jugée illégale ayant provoqué des dégâts corporels décès ou blessures, les auteurs soient traînés devant la justice et les victimes dédommagées.