Prison en or

Catherine Ernens - photo pour billets, commentaires, ... EdA - Jacques Duchateau

La gestion de nos prisons, c’est l’histoire de l’œuf et de la poule. On sait désormais que c’est aussi celle de la poule aux œufs d’or.

Prisons surpeuplées ou détenus suremprisonnés? Trop de répression ou pas assez de places en prison? Grave et terrible problématique. La manière dont nous emprisonnons donne la dimension de ce que nous sommes comme société humaine.

Mais l’heure n’est pas à caqueter autour de cette question, pourtant cruciale. Laissons donc là le débat de fond dans lequel la Belgique, et une bonne partie des pays européens, tournent en rond. La poule a, pour l’heure, la tête dans le sable et doit pondre son œuf coûte que coûte. Nos prisons débordent, s’écroulent et infligent des conditions de vie déplorables et indignes.

La Belgique a décidé d’ouvrir 1200 nouvelles places de détention dans les années à venir. Marche-en-Famenne en ouvre 312 flambant neuve.

L’heure est donc au cocorico. Car si cette prison «lumineuse, équipée de douches individuelles et de salles de cours  » est censée offrir une «approche plus humaine qui diminuera la récidive», c’est d’abord une merveille économique et un tremplin pour l’emploi local.

Marche a obtenu après une dure lutte politique de pouvoir installer cette prison dans son giron. D’autres villes avaient réclamé à cor et à cri cette poule aux œufs d’or économique.

Sambreville, par exemple. Le député-bourgmestre de la dite commune, Jean-Charles Luperto, l’a rappelé hier avec arguments et fracas. La nouvelle prison de Marche-en-Famenne génère pas moins de 300 nouveaux emplois directs, le développement d’une nouvelle ligne de bus et un renforcement de la police locale. Et le reste. Pour Sambreville, dit Jean-Charles Luperto, ce serait 525 emplois dans cette zone «post-industrielle» et pas besoin de créer une ligne de bus: elle est déjà là. Le bourgmestre continue donc à plaider: «une prison serait la plus grande source d’emplois nouveaux pour Sambreville depuis des décennies».

De là à dire que les peines incompressibles et les détentions préventives prolongées sont un moteur de redressement pour la Wallonie, il n’y a plus qu’un pas à franchir ou un barreau à resserrer. Car assurément, une nouvelle prison, ça vaut de l’or.