Carte blanche

Ne pas pénaliser les chômeurs qui travaillent bénévolement

Ne pas pénaliser les chômeurs qui travaillent bénévolement

(Illustration)

BELGA

Faut-il contraindre les chômeurs au travail, en les mettant au service des pouvoirs locaux et du monde associatif, comme le proposait le sénateur Open-VLD Rik Daems, la semaine dernière?

Ce matin, sur la Première, Catherine Fonck (cdH) plaidait plutôt pour une vraie remise au travail avant d’envisager une formule de mise à disposition des collectivités. Mais avec des incitants financiers, insistait la députée.

À ce propos, nous publions ci-dessous la carte blanche de l’Ideji, une ASBL bruxelloise qui vient en aide au monde associatif. Pour Nicole Crama, sa directrice, il faut d’abord mettre fin aux pénalités qui frappent les chômeurs souhaitant travailler comme bénévoles.

Carte blanche - Ideji

Dans une opinion du 8 octobre publiée dans De Morgen, le sénateur Open VLD, Rik Daems plaide pour l’intégration forcée des chômeurs de longue durée sur le «marché public du travail».

Pour ceux qui ne verraient pas clair dans ce que recouvre ce marché public du travail, Rik Daems précise sa pensée : les pouvoirs locaux sont en proie à de graves problèmes budgétaires et presque toutes les villes et communes réduisent leur personnel. Pourquoi donc les chômeurs de longue durée ne pourraient-ils pas aider pour des tâches administratives simples, la tenue de la cafétéria d’un hall de sport ou assister le personnel chargé de l’entretien des espaces verts?

En outre les ASBL et bonnes œuvres (sic) pourraient faire appel à eux pour du travail bénévole…

Et cette dernière phrase nous donne envie de participer au débat que n’a pas manqué de soulever cette proposition et de dépasser les clichés qu’elle véhicule.

En tant qu’acteurs du monde associatif, employeurs, conseillers, travailleurs, anciens ou futurs demandeurs d’emploi, nous aimerions rassurer le sénateur Rik Daems et ceux qui pensent comme lui : oui, les demandeurs d’emploi que nous rencontrons veulent travailler, veulent avancer sur des projets de vie qui font sens non seulement pour eux, mais pour toute la société.

Et, malheureusement, oui, ils sont aussi souvent formés voir très formés, ils ont souvent une réelle expérience professionnelle et des connaissances qu’il serait dommage de ne pas utiliser au bénéfice de la société… d’autant plus qu’ils souhaitent mettre ces compétences et ces parcours au service d’un idéal et de la société. Et ce de leur propre initiative et non parce qu’ils y sont obligés.

Mais saviez-vous qu’au lieu d’encourager le passage par une activité bénévole pour se créer une expérience professionnelle ou des contacts dans les domaines où l’on cherche à se faire engager, le chômeur qui souhaite exercer une activité bénévole doit demander une autorisation préalable à son organisme de payement au moyen d’un formulaire à introduire auprès de son organisme de paiement avant le début de son activité?

Et que cette autorisation peut être refusée notamment lorsque l’activité bénévole en question ne présente pas les caractéristiques d’une activité qui est effectuée habituellement par des bénévoles et ce au risque de perdre le droit aux allocations pendant plusieurs semaines?

Que faut-il donc entendre par cette «activité qui est effectuée habituellement par des bénévoles»? Des activités ne nécessitant que peu de qualifications comme le sous-entend la proposition du sénateur Rik Daem en choisissant comme exemple du travail administratif simple, la tenue d’une cafétéria dans un club de sport ou l’entretien des espaces verts? Des activités ne présentant surtout aucun lien avec le monde du travail?

Or, dans certaines communes bruxelloises, le taux de demandeurs d’emploi indemnisés disposant d’un diplôme de l’enseignement supérieur est plus élevé que celui des demandeurs d’emploi infra-qualifiés. Peut-on soutenir dans ce contexte que ces personnes auront de meilleures chances de s’intégrer sur le marché de l’emploi parce qu’elles exercent des activités d’utilité publique?

Par ailleurs, comment le fait d’effectuer des activités qui ne présentent pas de lien avec les activités exercées au sein du monde du travail peut-il servir comme tremplin pour rejoindre le monde du travail?

Que penser également de l’interdiction faite à un chômeur de cumuler la perception d’indemnités de chômage et l’exercice (à titre gratuit, faut-il le préciser?) d’un mandat d’administrateur au sein d’une association, association qui est parfois créatrice d’emploi au niveau local?

Nous estimons qu’avant de contraindre les chercheurs d’emploi à exercer une activité d’utilité publique, le rôle de la société consiste à laisser les demandeurs d’emploi exercer une activité désintéressée de leur choix sans devoir se soumettre à des contrôles préalables dont l’issue leur semble incertaine.

Ces activités leur permettent de rester en contact avec le monde extérieur et ses liens sociaux. Sans angélisme, nous savons, sur base des expériences de tant de personnes croisées dans le cadre de leur parcours dans le monde associatif trouvent dans ces contacts l’élément qui les fera rebondir dans leur recherche d’emploi ou dans la création de leur propre projet entrepreneurial.

Pour les aider dans cette démarche et au-delà des contradictions révélées par ce discours de mise à contribution obligatoire, nous rêvons d’outils permettant réellement aux chômeurs d’être entrepreneurs aussi dans le monde des services non-marchands dont la société ne peut se passer.