30 ans d’une émission chalutaire

«Téléchat » fête ses 30 ans. Le programme court et déjanté de Topor continue toujours à être rediffusé par Arte. L’impertinence pertinente de Groucha et Lola est plus que jamais chalvatrice.

«Chalut ! Aujourd’hui, c’est la Saint-caramel mou, bonne fête à tous les caramels mous ! »

Le ton est donné. C’est celui de Téléchat. Nous sommes en 1983, il y a 30 ans exactement. Roland Topor le Français et Henry Xhonneux le Belge créent ce mini-programme (5 minutes) qui a marqué toute une génération. Et les suivantes aussi d’ailleurs. La preuve : Téléchat est toujours rediffusé quotidiennement sur Arte. A une heure indigne d’ailleurs, 5h01 tous les matins. Ce qui est d’ailleurs révélateur d’une chose : Téléchat, c’était pas pour les gamins. En dépit des nombreux prix que l’émission déjantée avait reçus à l’époque, dont celui de «la meilleure émission pour l’enfance, catégorie 6-12 ans » et le prix de la «meilleure émission francophone pour enfants et adolescents » au Festival de Cannes en 1984. Car Téléchat, c’est du caustique, du vitriol. Il s’agit d’un journal télévisé quotidien présenté par les marionnettes Groucha (le chat à la patte dans le plâtre) et Lola l’autruche. Les travers de la télévision et de la société des années 80 (et qui restent d’une actualité criante) y sont passés à la moulinette. Dont la publicité et tous ces vices.

Particularité : tous les objets qui entourent les deux animateurs (micro, téléphone, fer à repasser, ampoule) sont vivants. Oui, Téléchat, c’était «la télévision des objets ». Dont on pouvait même comprendre la vie intime et profonde grâce à leurs gluons, sorte de conscience nichée au cœur de leurs atomes.

Les journaux de Groucha et Lola sont en outre jalonnés par des reportages aussi déjantés les uns que les autres et par une mini-série devenue cultissime : Léguman, parodie à peine voilée du fameux Spectroman japonais qui sévissait au même moment dans RécréA2, l’émission pour enfants présentée par Dorothée sur Antenne 2… et dans laquelle était précisément diffusée Téléchat.

Naissance siamoise

Mais attention, si Téléchat a fait pendant 3 ans (de 1983 à 1986) les beaux jours de la deuxième chaîne française, on oublie un peu vite que c’est en Belgique qu’elle fut diffusée pour la première fois dans le cultissime Lollipop de Philippe Geluck. Une fenêtre qui n’a rien d’un hasard, le côté décalé de l’émission pour enfant de la RTBF collant parfaitement avec celui de Téléchat.

30 ans après, Philippe Geluck s’en souvient encore, même s’il n’a pas participé directement à l’aventure Téléchat.

«C’est marrant car Téléchat et Le Chat sont nés au même moment », se rappelle l’animateur. «Raison pour laquelle il y a souvent eu des raccourcis et que certains assimilaient Lollipop… au Chat. Téléchat correspondait parfaitement à l’esprit de Lollipop. Pauline Hubert, responsable des programmes Jeunesse à la RTBF à l’époque, avait trouvé cette série peu conventionnelle. Elle était intelligente, un peu surréaliste, et sortait à la fois de la mièvrerie et des séries japonaises violentes. C’était un programme de qualité. »

Et qui a marqué toute une génération.

«La preuve, on en parle encore aujourd’hui », poursuit Geluck. «L’intéressant avec Téléchat, c’est qu’on pouvait lire le programme à plusieurs degrés. Les enfants y voyaient les marionnettes, les adultes, évidemment, le second degré. Quoi que les enfants de Lollipop étaient, eux aussi, parfaitement capables de comprendre le second degré. »

Cela dit, Téléchat ne faisait pas l’unanimité. Certains forums sur internet parlent même de «traumatisme Téléchat », les objets vivants étaient par certains côtés impressionnants. Et même au sein de l’équipe de Lollipop, certains émettaient des réserves. Mais pas pour les mêmes raisons.

«Patrick Chaboud, qui faisait Malvira, trouvait que les personnages de Téléchat étaient trop raides. Fatalement : Malvira osait tout et était tout le temps dans l’impro. Elle trouvait que les personnages de Téléchat auraient dû enlever le balai qu’ils avaient dans le derrière » conclut Philippe Geluck. Qui retiendra encore de cet ovni télévisuel la formule d’au revoir traditionnel de Groucha : «Chalut, à demain, si on veut bien. »

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