SANTE

Encore trop de médecins ne se lavent pas les mains

Encore trop de médecins ne se lavent pas les mains

Seulement 61 % des médecins déclarent se désinfecter les mains avant d’examiner un patient.

Reporters

Malgré les campagnes de sensibilisation, le nombre des infections nosocomiales ne diminue pas.En cause, le manque d’hygiène des médecinset l’émergence de bactéries multirésistantes.

Cinq campagnes de sensibilisation à l’hygiène des mains ont été menées dans nos hôpitaux depuis 2005. Leur objectif : diminuer le nombre des infections nosocomiales, ces maladies contractées à l’hôpital. Or, les derniers chiffres avancés par le centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies montrent que le pourcentage de patients infectés lors de leur séjour en hôpital n’a pas diminué. Il reste stable autour de 6 %, ce qui représente environ 111 300 patients infectés chaque année en Belgique et 2 625 décès.

Un résultat qu’il faut nuancer selon Anne Simon, microbiologiste, médecin hygiéniste et coordinateur médicale de la qualité et de la sécurité du patient aux cliniques universitaires St Luc : «Certaines bactéries multirésistantes ont franchement diminué, c’est le cas du staphylocoque doré qui a été LA bactérie hospitalière pendant des années. Cette diminution résulte de la mise en place de mesures d’hygiène drastiques, mesures qui concernent essentiellement l’hygiène des mains. Par contre, on assiste à l’émergence d’entérobactéries multirésistantes provoquée par l’hyperconsommation d’antibiotiques. Ce sont ces nouvelles bactéries qui entretiennent le statu quo au niveau des chiffres».

On le sait : la principale cause des infections nosocomiales est la mauvaise hygiène des mains. «Le rapport de la 5e campagne menée en 2013 montre que même si ce n’est pas encore parfait, on a fait d’énormes efforts depuis la première campagne de 2004, et cela dans toutes les catégories professionnelles ».

Les moins bons élèves sont les médecins

C’est vrai qu’il y a de sérieux progrès mais les médecins restent encore et toujours les moins bons élèves. C’est ce que révèle le dernier rapport publié par l’Institut scientifique de Santé publique dans la foulée de la dernière campagne de sensibilisation menée début 2013. Seulement 61 % des médecins se désinfectent les mains avant de toucher un patient, contre 79 % des infirmières, 77 % des aides-soignantes et 71,6 % des kinésithérapeutes.

Anne Simon explique le «mauvais» score des médecins par un manque de formation. Jusqu’il y a peu, les étudiants en médecine n’entendaient jamais parler d’hygiène des mains alors qu’on l’enseigne aux infirmières dès leur première année d’étude.

«On doit encore mieux convaincre les médecins de l’intérêt de se désinfecter les mains juste avant d’examiner un patient. Quand ils sont convaincus, ce sont des alliés puissants car ils ont un rôle de modèle important ».

Si on ne pourra jamais enrayer complètement les infections nosocomiales – certaines sont inhérentes à la maladie du patient -, on peut raisonnablement espérer voir leur fréquence diminuer d’ici quelques années.