BELGIQUE

Belgacom espionné : une émotion belge logique

Belgacom espionné : une émotion belge logique

« Si l’intrusion est dérangeante, elle ne met pas en cause les activités de l’État et du gouvernement », souligne Michel Liégeois.

Amir Kaljikovic – Fotolia

Belgacom aurait été espionné par la NSA. Une affaire qui émeut logiquement les Belges, selon Michel Liégeois, professeur en relations internationales à l'UCL.

Michel Liégeois, vous êtes professeur en relations internationales à l’UCL. Cette affaire d’espionnage est-elle étonnante ?

Depuis que les États existent, ils ne cessent de s’espionner. Et même entre États alliés. L’espionnage a toujours existé. Il n’y a rien d’exceptionnel dans ce type d’activités. L’espionnage industriel est quotidien. Je ne dis pas que je cautionne. Je dis seulement que c’est courant. On peut être convaincu que beaucoup d’opérateurs ont fait l’objet d’espionnage depuis 2001.

L’État belge pourrait-il être déstabilisé à travers ce piratage au sein de Belgacom ?

A priori, non. Si les différents éléments et hypothèses avancés dans cette affaire sont confirmés, ce n’est pas l’État belge qui est espionné mais un opérateur semi-privé, et cela dans le cadre d’enquête de prévention du terrorisme. Si ce faisant, il y a eu violation du droit belge, il est logique que le parquet poursuive. Mais il faut distinguer le problème d’illégalité et un espionnage d’État.

Donc l’État belge n’a aucune raison d’en faire une affaire diplomatique et de convoquer l’ambassadeur des États-Unis ?

Je ne me prononce pas sur les intentions politiques des partis. Mais si l’intrusion est dérangeante, elle ne met pas en cause les activités de l’État et du gouvernement. Il n’y a donc pas lieu de détériorer les relations entre un pays comme les États-Unis et le nôtre. Et certainement pas de manière durable ou conséquente.

Ce n’est quand même pas acceptable.

Sur le plan symbolique, je comprends qu’on s’émeuve. Et la Belgique en tant qu’état souverain ne peut pas accepter d’être espionnée. À partir du moment où l’affaire est sur la place publique, les autorités doivent réagir. Mais cela relève du symbole car les intérêts belges ne sont pas visés.