Belgique

Tecteo rachète L'Avenir : les « regrets et le réalisme » de Thomas Leysen

Tecteo rachète L'Avenir : les « regrets et le réalisme » de Thomas Leysen

« C’est Tecteo qui nous a contactés pour faire une offre », explique Thomas Leysen, président du groupe très flamand Corelio. Belga

Corelio a décidé de vendre L’Avenir, pourtant rentable, «pour se recentrer sur la Flandre ». Thomas Leysen justifie son choix «entre du regret et du réalisme».

Thomas Leysen, pourquoi avez-vous décidé de vendre les éditions de L’Avenir ?

Notre conviction est que la dynamique actuelle du monde des médias est de créer des effets de taille. C’est pour cela que nous avons créé «Mediahuis» au nord du pays. Et nous avons conclu qu’un regroupement côté francophone était également une bonne idée. Ni Corelio ni L’Avenir n’ont le couteau sur la gorge. Mais il est plus sage d’anticiper avant de se retrouver dos au mur. C’est pour cela que nous avons pris les devants.

A priori, nous étions ouverts à des formes de regroupements dans lesquelles Corelio restait associé à L’Avenir. Mais nous avons constaté que pour les acquéreurs, psychologiquement, c’était difficile.

Êtes-vous content de cette revente ?

Mon sentiment est partagé entre du regret et du réalisme. Oui nous voulions une évolution. Mais cela marque aussi la fin d’un projet que nous avions lancé il y a 15 ans.

Pourquoi Tecteo ?

Parce qu’ils étaient prêts à offrir une valorisation correcte de l’outil. C’est Tecteo qui nous a contactés pour faire une offre. Ils avaient un vrai projet pour L’Avenir avec les meilleures garanties pour l’emploi. Et ils nous ont donné des garanties quant à l’indépendance rédactionnelle. Nous leur avons transmis les chartes qui garantissent l’indépendance de la rédaction. Ils les ont acceptées préalablement à la vente.

Comprenez-vous l’émotion suscitée par cette vente ? L’aviez-vous anticipée ?

Chaque mouvement important dans la presse peut créer de l’émotion. Nous l’avons vécu aussi dernièrement avec l’annonce de « Mediahuis ». Nous avons les réactions des concurrents qui se sentent laissés sur le côté. C’est le cas aujourd’hui dans les réactions émanant de Rossel.

L’Avenir et Corelio avaient des points de sensibilité historiquement communs. Que faites-vous cette histoire ? La ligne éditoriale compte-t-elle face aux enjeux financiers ?

Ces valeurs sont ancrées et restent. Elles garantissent l’indépendance de nos journaux. Les nouveaux actionnaires de L’Avenir se sont engagés à les respecter.

Avez-vous des reproches à formuler aux éditions de L’Avenir qui expliquent votre choix ?

Non, assurément pas. L’Avenir est probablement le quotidien le plus rentable dans le paysage francophone. Et je vous l’ai dit : mon sentiment est partagé entre regret et réalisme. Si Tecteo, en plus, prenait une participation dans IPM et réussissait à créer les passerelles digitales notamment avec VOO, le projet prendra une réelle ampleur. Par ailleurs, Corelio a aussi apporté beaucoup à l’Avenir. Nous avons épaulé L’Avenir dans tous ses développements, notamment multimédias. Nous pouvons être fiers de ces quinze années passées ensemble. L’Avenir est bien plus fort que quand nous l’avions repris.

Vous savez à quel point l’image de marque compte. Or ce rachat par Tecteo fragilise l’image de marque de L’Avenir.

C’est aux éditions de L’Avenir de créer leur place dans ce nouveau groupe. J’ai senti un réel respect de la part de Tecteo pour ce qu’est L’Avenir et pour ses équipes de direction. Ils ont vu que L’Avenir a été bien plus performant ces dernières années que les titres concurrents.

Est-ce bien le business d’une intercommunale que d’investir dans la presse ?

Je pense que s’ils respectent les règles du jeu, s’ils intègrent dans leurs activités, la nature de la presse, qui est d’être libre et indépendante, cela peut marcher. Et la Belgique francophone a tout intérêt à garder au moins deux groupes de presse forts.¦

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