Une bonne idée si on y met les moyens…

915ecf45-7856-451b-8280-745f67bb4fcb Sergey Peterman – Fotolia

C’est un peu le marronnier des rentrées scolaires, même s’il est là un peu plus tôt cette année. Modifier les rythmes scolaires ? « On en parle depuis 1991 ! », dit Joëlle Lacroix, la nouvelle secrétaire générale de la Fapeo (fédération de parents de l’enseignement officiel).

Et rien – ou si peu – ne change.

Le canevas proposé par la Ligue des familles (voir ci-dessus) est-il pour autant à mettre à la poubelle? Non, mais les réactions que nous avons sollicitées apportent des nuances.

Quid de l’organisation ?

«Si des spécialistes ont mis en évidence que ce serait bien pour les élèves, ce serait bête de passer à côté, note, mi-sérieux, mi-sarcastique Alain Astgen, directeur d’une école fondamentale du réseau libre. Mais dites-moi, avec quel moyen va-t-on organiser ça?»

Qui prendra en charge les enfants pendant la longue pause de la mi-journée? Pour faire quoi? Dans quels locaux et avec quels moyens? «Aujourd’hui on parle plutôt de diminuer les moyens de fonctionnement des PO. Alors, sans argent c’est une fausse bonne idée.»

«On sait que l’extrascolaire est très mal financé. Alors qui paiera pour la prise en charge des enfants pendant la pause méridienne et après les cours?», abonde Joëlle Lacroix. De la même manière, cette «pause» pourrait être utilisée par les enseignants pour des réunions transversales, la préparation des leçons et les corrections. «Mais là aussi : dans quels locaux, avec quels moyens mis à disposition, poursuit la secrétaire générale de la Fapeo. Il faut confronter une telle idée à la réalité de terrain. Et alors on constate que c’est un très gros chantier…» Qu’aucun ministre de l’enseignement n’a jusqu’à présent vraiment osé prendre en mains.

Quid du pédagogique ?

«Je me souviens de fin d’après-midi hyper productives avec les élèves et où l’on se dit à 15h30 qu’il est vraiment dommage de devoir s’arrêter», dit Alain Astgen. À l’inverse le directeur d’école sait qu’il est souvent difficile de retenir l’attention des élèves à partir de 11h30. «Mais est-ce l’heure ou simplement parce qu’ils savent que la récréation de midi est proche?»

Le schéma horaire quotidien proposé par la Ligue des familles n’est valable que s’il est assorti d’une alternance d’activités, estime Nathalie Nader-Grosbois. Y compris pour la pause de la pause de mi-journée, dit la professeur en sciences psychologiques et sciences de l’éducation de l’UCL. « Il faut prévoir 3 ou 4 activités assez variées de 15 ou 20 minutes pour avoir un temps attentionnel optimal avec un apprentissage bien ciblé.»

Autre élément, insiste la spécialiste: le moment du repas. La reprise des cours de l’après-midi doit avoir lieu lorsque la digestion est bien avancée et la fin de journée en extrascolaire ou de devoirs doit se faire après une pause assortie d’un goûter. «La période d’apprentissage extrascolaire pour tous les élèves serait aussi un facteur de justice sociale, car toutes les familles ne peuvent payer de telles activités à leurs enfants ou les accompagner dans leurs devoirs», ajoute Joëlle Lacroix.

Plus souple, plus varié et ménageant le rythme de l’enfant et facilitant aussi l’organisation des familles, l’horaire scolaire proposé par la Ligue des familles n’est pas loin de faire l’unanimité. Mais encore faudrait-il s’en donner les moyens. Et ça…